L'ADIEU
Et c'est pour un adieu que me voici venu, Jardin et toi maison où le jasmin se penche ! Les roses, de nouveau naissent. . . Mon cœur ému Voudrait voir se fermer chaque corolle blanche, Voici ma jeunesse au clair regard de matin Qui me rit dans le cadre frais de la croisée Oh ! garde son parfum, demeure, et qu'enfermée, Je la retrouve avec sa voix douce en un coin Pour reprendre à mon front la couronne fanée
Des espoirs qu'ont entrelacés ses jeunes mains.
Et reste aussi, maison., tout au fond de ces feuilles,
Garde-toi pour l'accueil, plus tard, pour qu'au foyer
Ce soit encor la vie en paix qui se recueille
Dans Tétirement lent des jours appariés.
Que dure en toi l'amour, la force patiente,
La résignation au devoir de souffrir
De ces âmes de peine humblement souriantes
Naïves à prier, tendres au souvenir
Et qui, me revoyant, joindront leurs mains tremblantes,
Quand près d'elles, un soir, je m'en viendrai finir !
Mais voilà que sur toi va s'alanguir l'Automne ;
L'air s'attriste déjà des senteurs de Toussaint
Et la vigne s'empourpre et moi, pour les lointains.
Suivant le fleuve, enfin vainqueur, je t'abandonne ;
O Province qui me berças si bonnement
Du rythme de tes voix fidèles aux coutumes î
Je pars, mais sur la route où pèse encor la brume.
J'emporterai de toi ce que je cueillis dans Tes chambres, tes jardins de silence, tes rues ; La pitié s'inclinant sur la soufFrance nue, Et le don de soi-môme aux autres et l'effort Persistant sans vain bruit et sans vaine parole. Le respect de tout ce qui fleurit, rampe, vole. De tout ce qui s'en vient avec nous vers la mort...
Je t'aime, va, tu es l'inoubliable port Dont on rêve ; ton souvenir, plein de pétales, De vignes, de murs vieux et de pauvresses pâles Avec moi, doucement, parfois viendra causer... Cette feuille à mon livre, à mon seuil ce baiser Oh ! regarde longtemps diminuer la voile !...