AINSI JE PARLE RAI
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*i le Seigneur penchait son front sur mon trépas, ,1e lui <Jirais ^
« Seigneur, ta stricte loi no fut jamais la mienne, " e vécus ainsi qu'une simple païenne.
« Vois I^'ngenuitç de mon coeur pauvre et m Jp ne y connais poinn Jé ue t'ai poitn connu, i
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« J'ai passé comme l'eau, j'ai fui comm.ç le sabjc, Si j'ai péché, jamais je ne fus responsable.
84 A Vil CU M PUS MAINS JOINTES
«Le monde était autour de moi, tel un jardin» Je buvais l'aube claire et le soir cristallin, *
,. « Le soleil me ceignait, de ses plus vives flammes, Et Pamour m'inclina vers la beauté des femmes,
« Voici, le large ciel s'étalait comme un dais, Une vierge parut sur mon seuil. J'attendais.
« La nuit lQmb<v,, Puis le matin nous a surprises Maussadoment, de ses maussades lueurs grises, ,
« lit dans mes bras qui la pressaient, elle a dormi Ainsi que dort Pamante^aux bras de son ami.
« Depuis lors j'ai vécu dans le trouble du rcve, ■ Cherchant l'éternité dans la minute brève,
« Je ne vis point combien ces yeux clairs restaient froids, Et j'aimai cotte femme, au mépris de tes lois,
« Comme je ne cherchais que l'amour, obsédée Par un regard, les gçns de bien m'ont lapidée.
AINSI JU ÎMRIIÎRA!-.* 8f
« Moi, je n'écoutai plus quo la voix que j'aimais, Ayant compris que nul ne comprendrait jamais.
« Pourtant, la nuit approche, et mon nom périssable S'efface, tel un mot qu'onlécrit sur le sable,
« L'ardeur des lendemains sait aussi décevoir ï Nul ne murmurera mes strophes, vers le soir.
q Voj^, maintenant, Soigneur, juge-moi. Car nous sommes
Face à face, devant le silence des hommes.
« Autant que doux, l'amour me fut jadis amer, Et je n'ai mérité ni le ciel ni l'enfqr.
« je n'ai point recueilli les cantiques des anges Pour avoir entendu jadis des chants étranges,
« Les chants de ce Lesbos dont les chœurs so sont tus, Je' n'ai point célébré, comme il sied, tes. vertus/
« MaU je no tentai point de révolte farouche : Le baiser fut le seul blasphème de ma bouche.
86 A i/hcuhe des mains jointes
« Laisse-moi, me hâtant vers le soir bienvenu, Rejoindre celles-lîi qui no t'ont point connu I ■ •
« Psappha, les doigts errants sur la lyre endormie, S'étonnerait de la beauté de mon amie,
« Et la vierge de mon désir, pareille aux lys,
Lui semblerait plus bellp et plus blanche qu'Atthis,
« Nous, le chœur, retenant notre commune haleine, Écouterions la voix qu'entendit Mytilône,
« Et nous préparerions les fleurs eti le flambeau, Nous qui l'avons aimée en lin siècle moins beau,
« Celle-là sut verser, parmi l'or et les soies Des couches molles, le nektar rempli de joies,
« Elle rçous chanterait, dans son langage clair, Ce verger lesbien quU'ouvre sur la mer, «
« Ce doux verger plein dè cigales, d'où s'échappe, Vibrant comme une vojx, le parfum de la grappe,
AINSI JE PAlUEïU!,,. 87
« Nos robes ondoieraient parmi les blancs péplos D'Atthis et do Timas, d'Èranna de Télos,
« Et toutes celles-là dont le nom seul enchante S'assembleraient autour de1 l'Aède qui chante I ;
« Voici, me sentant près de l'heure du trépas, J'ose ainsi te parler, Toi qu'on ne connaît pas,
« Pardonne-moi, qui fus une simple païenne j Laisse-moi retourner vers la splendeur ancienne,
« Et, puisque enfin l'instant éternel est venu, Rejoindre celles-là qui ne t'ont point connu I »
88 A 1,'llEURE DES MAINS JOINTES
&ÇOUS IKpiNIS VE%S LES 90 ÊTES
L'ombre nous semble Une ennemie en embuscade,», Viens, je t'emporterai comme une enfant malade, Comme une enfant plaintive et craintive et malade,
Entre mes bras nerveux j'etrejns ton corps Içger,
Tu verras que je sais guérir et protéger,
Et que mes bras sont forçs pour mieux te protéger,
NOUS IKONS VI; !\S Î,ES POl-TH 89
Los bois sacres n'ont plus d'efficaces dictâmes,
Et le monde a toujours été cruel aux femmes.
Nous le savons, le monde est cruel pour les femmes.
Les blâmes des humains ont pesé sur nos fronts, Mais nous irons plus loin. Là*bas, nous oublierons,., Sous un ciel plus clément, plus doux, nous oublierons,,»
Nous souvenant qu'il est de plus larges planètes, Nous entrerons dans le royaume des poètes, Ce merveilleux royaume ou chantent les poètes.
•'■ ' "Il ■ ' ■
La lumière s'y meut sur un rythme divin/ On n'a point de soucis et l'on est libre enfin. On s'étonne de vivre et d'être heureux enfin»
Vois, élevés pour toi, ces palais d'émeraude
Où le parfum s'égare, où la musique rôde,
Où pleure un souvenir qui s'attarde et qui rôde*
9ô :'. a Vhrum des mains jointes
Mon amour, qui s'élève h la hauteur du chant, Louera tes cheveux roux plus beaux que le couchant,. . Ah I ces cheveux, plus beaux que le plus beau couchant I
les douleurs se feront exquise» et lointaines, Au milieu des jardins et du bruit des fontaines, O mauresques jardins où dorment les fontaines I
Nous bénirons les doux poètes'fraternels En errant au milieu des jardins éternels, Dans l'harmonie et le clair de lune éternels*,.