SUR IA PLACE PUBLIQUB
La sève m'emplissait d'une multiple ivresse Et je buvais ce vin merveilleux, à longs traits,. Ainsi j'errais, portant ma harpe et sa promesse, Et je ne savais pas quel trésor je portais.
Un matin, je suivis des hommes et des femmes Qui marchaient vers la ville aux toits bleus. J'ai quitté Pour les suivre les bois pleins d'ombres et de flammes Et j'ai porte ma harpe a travers la cité,
Puis, j'ai chanté debout sur la place publique D'où montait une odeur de poissonl desséché, . Mais, dans l'enivrement de ma propre musique, je ne percevais point la rumeur du marché.
CaV je me souvenais que les arbres très sages M'avaient parlé, dans le silence des grands bois. À mon ehtour sifflaient les âpres marchandages Mêlés aux quolibets des compères sournois.
Î04 ; A L*HBURB DBS MAINS JOINTES
Dans la foule criant son aigre convoitise Une femme me yit.'et me tendit la main, . * • Mais, emportée ailleurs par l'appel .d'une brise, Celle-là disparut au tournant du chemin.
Je chantais franchement î ainsi chantent les pâtres» Autour de moi, le bruit de la ville cessait,
Et, comme le couchant jetait ses lueurs d'âtres, Je vis que j'étais 'Seule et que le jour baissait»
Je me mis a chanter sansrtémoins, pour la joie De chanter, comme on fait lorsque l'amour vous fuit, Lorsque Tespoir vous raille et que l'oubli vous broie» La harpe se brisa souè mes mains, dans la nuit,
tur. passe lof
ELLE TvtSSE
Lh ciel l'encadre ainsi que ferait unq châsse. Et je vivrais cent aiis sans jamais la revoir, Elle est soudaine: elle est le miracle du soir» L'instant religieux brille et tinte, Elle passe,.*
Je suis venue avec la foule des lépreux Dès l'aurore, ayant su que je serais guérie, Ils regardant versfelle avec idolâtrie En pleurant \\ voix basse, Et je pleure avec eux,
lo6 a l'heure des mains jointes
Un rayon d'espérance illumine l'espace, Car ces pieds nus ont sanctifié le chemin, Voyez l un grand lys blanc est tombe de sa main*.. Les sanglots se sont tils brusquement. Elle passe.
De nous tous .qui pleurions elle a fait ses élus, lit, parmi nous, aucun ne pleure ni ne doute. Elle ne reviendra plus jamais sur la route, Mais je la vis passer et je ne souffre plus.
DANS LB IIAVUli I07
Va4£^S LE Hc4Vl{E
assb comme les flots, lasse comme les voiles,
-J'entre dans le doux port plein d'enjjmins et d'étoiles,
«Depuis dos temps j'ai vu les plus divins climats lit je dors en ce havre où sommeillent des mâts.
Mon esprit s'est tourné vers des rûvcs plus sages, Je désapprends enfin l'ardeur des loiigs voyages,
Tant de rires dorés viennent vous décevoir Que l'on se sent moins de jeunesse vers le soir,,.
io8 a i/hbure des mains jointes
En vain j'ai côçoyé les terres trop charmantes Qui déçoivent, ainsi que le font les amantes. *
J'y croyais découvrir des océans cTor bleu,
Des fleuves d'escarboucle et des roses de feu,
Mais je sus que d'aucuns mentaient, enparlant d'elles,
Et que le rêvq seul les rendait aussi belles...
Donc, je reviens trouver la bon,nc paix. Ici, Le soleil est moins vif, le ciel s'est adouci.
Dans le doux havre où so« reflètent les étoiles, Je verrai sans regret partir les autres voiles.
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T0J, C*COT'l{B 1>È%E OVIPÇ
Lis vent d'hiver s'élance, audacieux et fort, Ains! que les Vikings aux splendides! colères» La tempête a soufflé sur lés pins séculaires, Et les flots oht bondi»,. Venez, mes Dieux du NordI
Vos yeux ont le reflet des lames boréales, I les abîmes vous sont de faciles chemins, Bt vous êtes grands et sveltes comme les pins, O maîtres des cieux froids et des races loyales!
no a l'usure des mains jointes
Mes Dieux du, Nord, hardis et blonds, réveillez-vous De votre long sommeil dans les neiges hautaines,
Et faites retentir vos appels sur les plaines
Où se prolonge au soir le hurlement des loups I
Venez^ mes Dieux du Nord aux faces 'aguerries, Toi, notre père, Odin, toi dont les cheveux d'or, Freya, sont pleins d'odeurs, et toi, valeureux Thor, Toi, Pricka volontaire, et vous* mes Valkyries !
tècoutez-moi, mes Dieux,! pareils aux clairs matins! Je suis la lille de vos Skaldes vénérables, De ceux qui vous louaient, debout auprès des tables Oh les héros buvaient l'hydromel des festinSé
Venez, mes Dieux pdissants 1 Car notre hiver est proche,
Nous allons rire avec les joyeux ouragans,
Nous abattrons le chêne épargné par les ans,
lit les monts trembleront jusqu'en leur cœur de roche 1
TOI, NOTRlî PfcRE OD1N
Nous poserons nos pieds triomphants sur les mers, Et nous rejouirons de la danse des vagues, Pour nous s'animeront les brumes, formes vagues, Et pour nous brilleront les sillons de réclair.
Les mouettes crieront vers nous et vers l'orage Que nous apporterons dans le creux de nos mains, Nous entendrons le choc des combats surhumains Et le cri des vaincus sur le blême rivage»
Voici, mes Dieux, que vous riez comme autrefois Et que l'aigle tournoie au-dessus do çon aire I Nous avons déchaîné la meute du tonnerre, Ce terrible troupeau qui reconnaît vos voix t
La terre écoutera nofc farouches musiques, Et les cieux révoltés ploieront sous notre effort;» Venez a moi qui vous attends, mes Dieux du Nord 1 Je suis la fille de vos Skaldcs héroïques.
A Vil RU M DES MAINS JOINTES
LE ViLO\l
bndant longtemps, je fus clouée au pilori, ■' Et dos femmes, voyant que je souffrais, ont ri.
Puis, des hommes ont pris dans leurs mains une boue Qui vint éclabousser mes tempes et ma joue,
Le$ pleurs montaient en moi, houleux comme dos flots, , Mais mon orgueil me fit refouler mes sanglots»
Je les voyais ainsi, comme h travers un songe Affreux et dont l'horreur s'irrite et se prolonge.