‹ Poèmes sans rimesChapitre 2 sur 13 · VÉNUS APHRODITE · texte numérisé non relu

VÉNUS APHRODITE

Sur la mer ondulée et bleue, miroir tremblant du ciel encore couvert des légers voiles de la nuit, parurent les premières lueurs de l'aurore. Le soleil se levait, éclatant et jeune ; l'aurore prit son essor et dispersa les ombres ; des lumières roses s'allumèrent par tout le ciel, et les trois grands premiers rayons de l'astre planèrent, victorieux et radieux, sur le ciel et sur la mer. A l'orient, les côtes de Lesbos se dentelaient en or sur le S

ciel rose. Un vent frais se leva, étrangement parfumé, gonflé de suaves harmonies, et courut lumineux sur les flots d'azur, clairs et verts de la mer.

Les petites vagues se levaient, se gonflaient, se heurtaient ; du choc de leurs lèvres amoureuses naissaient des couronnes d'écume frissonnante, et des milliers d'ailes blanches sur la crête des flots, semblaient courir et voler sur la mer.

Clair éclair furtif de candeur et de volupté, un vol éblouissant de tourterelles traversa l'azur, et tous les vents gonflant leurs joues puissantes soufflèrent ensemble, et creusèrent au sein de la mer un gouff're profond, crèté d'un frémissant diadème d'écume vierge, où les eaux bleues tourbillonnaient avec force.

De profondes harmonies s'en échappaient, qui planaient sur les flots d'alentour, des sanglots mêlés à des rires, de grands cris d'amour et de longs soupirs. Les eaux tourbillonnaient avec force ; elles tourbillonnaient, tournoyaient, et soudain, soulevée sur une montagne d'écume fusante et ruisselante, debout sur une conque d'opale aux mille couleurs chatoyantes, traînée par de glauques dauphins aux yeux d'or, à la gueule rouge crachant des flammes, blanche et nue, illuminant le ciel et la mer, parut la déesse Aphrodite.

Blanche et nue, radieuse, immortelle, nimbée des magiques lumières de son sourire et de l'amoureuse flamme de ses yeux ardents, la douce impérieuse Déesse, née des souffles du Ciel et de la vierge écume de la mer. Semblable à l'aube d'été, Elle se levait plus éclatante que la lumière du soleil sur la crête des vagues moirées : sa chevelure sacrée, humide et blanche comme l'écume frémissante et la neige nouvelle, comme une guirlande d'éclairs resplendissant au soleil, sa fière, languissante chevelure ondoyant énamourée aux avides baisers du vent, parfumée aux furtives caresses des brises fraîches; sa bouche ardente, sa bouche ambroisienne, fleur des sourires, reine des luxurieux baisers ; ses grands yeux verts, clairs, riants, profonds comme la mer, vertigineux abîmes de tendresse et de volupté ; ses bras longs et beaux, invincibles liens d'amour, pleins de désirs et d'affolantes promesses ; sa poitrine neigeuse fleurie de la pointe rose et ferme de ses seins parfaits, et toute la ligne de son corps divin prolongée dans la conque d'opale éblouie, aveuglant les clartés du ciel et du soleil réfléchies dans les vagues folles.

Ainsi parut dans l'universelle allégresse de la nature éper-

due, la déesse Vénus Aphrodite, et des vols de colombes, flottantes couronnes d'ailes frémissantes, planaient dans la Lumière au dessus d'EUe. L'air devint plus chaud, des parfums nouveaux, chargés d'amour, alanguirent les brises, et dans les îles de la mer, auprès des temples tranquilles, les bois sacrés se couvrirent de fleurs. L'ardent amour de la Déesse avait conquis le Ciel lui-même, et des sommets sacrés de l'Olympe azuré, les dieux heureux, vaincus, extasiés, faisaient pleuvoir des roses autour de l'Immortelle. Cependant les glauques dauphins triomphants faisaient jaillir les eaux sous leurs nageoires aux reflets d'or • et Elle s'avançait ainsi par les plaines de la mer, comme en un grand champ mouvant de fleurs épanouies, laissant traîner après Elle le long sillage arc-en-ciellé de la conque d'opale réfléchie dans les eaux émerveillées.

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