‹ Poèmes tragiquesChapitre 13 sur 69 · CHASSE DE L'AIGLE · texte numérisé non relu

CHASSE DE L'AIGLE

La Chasse de r^4igle

L'aigle noir aux yeux d'or, prince du ciel mongol, Ouvre, dès le premier rayon de l'aube claire, Ses ailes comme un large et sombre parasol.

Un instant immobile, il plane, épie et flaire. Là-bas, au flanc du roc crevassé, ses aiglons Érigent, affamés, leurs cous au bord de l'aire.

Par la steppe sans fln, coteau, plaine et vallons. L'œil luisant à travers l'épais crin qui l'obstrue, Pâturent, çà et là, des hardes d'étalons.

L'un d'eux, parfois, hennit vers l'aube, l'autre rue, Ou quelque autre, tordant la queue, allègrement, Pris de vertige, court dans l'herbe jaune et drue.

La lumière, en un frais et vif pétillement, Croît, s'élance par jet, s'échappe par fusée, Et l'orbe du soleil émerge au firmament.

A l'horizon subtil où bleuit la rosée,

Morne dans l'air brillant, l'aigle darde, anxieux,

Sa prunelle infaillible et de faim aiguisée.

Mais il n'aperçoit rien qui vole par les cieux. Rien qui surgisse au loin dans la steppe aurorale, Cerf ni daim, ni gazelle aux bonds capricieux.

Il fait claquer son bec avec un âpre râle;

D'un coup d'aile irrité, pour mieux voir de plus haut,

Il s'enlève, descend. et remonte en spirale.

L'heure passe, l'air brûle. Il a faim. A défaut De gazelle ou de daim, sa proie accoutumée. C'est de la chair, vivante ou morte, qu'il lui faut.

Or, dans sa robe blanche et rase, une fumée Autour de ses naseaux roses et palpitants, Un étalon conduit la hennissante armée.

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