‹ PoésieChapitre 107 sur 274 · INVOCATION · texte numérisé non relu

INVOCATION

Comme l'homme qui louche à son adolescence

Brise les vains hoclicts de sa crédule enfance.

I/Olvnipc n'entend plus, sur ses soniinels sacres, i"-

Hennir du dieu du jour les coui'siers altérés;

Jupiter voit sa foudre, entre ses mains brisée,

Des (ils grossiers d'Omar provoquer la risée ;

Le iNil souille au désert de son impur limon

Les débris mutilés de l'antique Memnon ; uu

Délos n'a plus d'autels, Delphes n'a plus d'oracles;

Le temps a balayé le temple et les miracles.

Hors le culte éternel, vingt cultes ditlcrents,

Du stupide univers bienfaiteurs ou tyrans,

Ont passé : cherchez-les dans la cendre de Uome I... ^5

Mais il reste à jamais au fond du cœur de l'homme

Deux sentiments divins, plus forts que le trépas :

L'amour, la liberté, dieux qui ne mourront pas 1

L'amour ! je l'ai chanté, quand, plein de son délire,

Ce nom seul murmuré faisait vibrer ma lyre, 3o

Et que mon cœur cédait au pouvoir d'un coup d'œil,

Comme la voile au vent cjui la pousse à l'écucil.

J'aimai, je fus aimé, c'est assez pour ma tombe;

Qu'on y grave ces mots, et qu'une larme y tombe I

i8. Les fis d'Omar : les ruahoinétans. On sait qu Omar 1='', cousin de Mi homet et deuxième calile de 1 Islam (63i ap. J.-C), fut le plus actif propagateur de la religion musulmane.

ao. Memnon, roi légendaire d'Ethiopie. Il s agit ici dune statue cclèbrn qu'il avait à Thèbes, en Egypte, et qui rendait des sona harmonieux lorsqu'elle était frappée des premiers rayons du soleil.

21. Délos, île de la mer Egée, ou la légende faisait naître Apollon ; ce dieu y avait un temple célèbre dans toute l'antiquité. Cf. XI, 7 (note). — Delphes, ville de Phocide (auj. Kastri), où Apollon avait également un temple et un oracle fameux. — Cf. Byron, Har., II, 53 : a O antique Dodone 1 où est ta foret sacrée, ta source prophétique, et ton oracle divin ? Quelle est la vallée dont l'écho rediLait les réponses de Jupiter ? Quels vestiges restent encore de l'autel ùa maître du tonnerre? Tout est oublié... » (trad. Pichot).

29. Plein ne se rapporte à aucun mot exprimé dans la proposition. V. IV, 13Ç) (note).

30. Seul a la valeur d'un adverbe: seuloment. Entendez : quand il suffisait de ce nom murmuré pour faiu vibrer ma lyre.

9i PÈLERINAGE DHAROLD

Remplis seul aujourd hui ma |joii>ce et mes vers, 3i

Toi qui naquis le jour où na{|nil l'univers,

Liberté! premier don que Dieu fil à la terre,

Qui marcpias l'homme enfant d'un divin caractère,

Et qui lis reculer, à son premier aspect,

Les animaux tremblant d'un sublime respect ; fio

Don plus doux que le jour, plus brillant que la flamme.

Air pur, air éternel, qui fais respirer l'âme!

Trop souvent les mortels, du ciel même jaloux,

Se ravissent entre eux ce bien commun à tous :

Plus durs que le destin, dans d'indignes entraves, 43

De ce qtie Dieu fit libre ils ont fait des esclaves ;

Ils ont de ses saints droits dégradé la raison :

Qu'ai-je dit? ils ont fait un crime de ton nom 1

Mais, semblable à ce feu que le caillou recèle.

Dont l'acier fait jaillir la brûlante étincelle, 5o

Dans les cœurs asservis lu dors; tu ne meurs pas!

El, quand mille tyrans enchaîneraient tes bras.

Sous le choc de ces fers dont leurs mains t'ont chargée

Tu jaillis tout à coup, et la terre est vengée 1

Ces temps sont arrivés! Aux rivages d'Argos 55

N'entends-lu pas ce cri qui monte sur les (lois? C'est Ion nom! il franchit les écueils des Dactyles, Il réveille en sursaut l'écho des Thermopylcs ;

87. Premier don : don qui dates des origines même du monde et de l'Iiumnnité.

.'Î8. D'un divin caractère. C'est ici la libcrlé au sens théologique et mèlaphysiqiie.

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