‹ PoésieChapitre 111 sur 274 · Vengeur. V. IV, i.^ (note · texte numérisé non relu

Vengeur. V. IV, i.^ (note

96 rÈLERINA(iE D IIAROLD

Toi que la tyrannie osait nommer un rêve i La croix dans une main et clans l'autre le glaive, \ iens voir, à la clarté de ces bûcliers errants, Ressusciter un peuple et jiérir des tyrans I

Colle imprécation contre l'Ilalio, imitée d'ailleurs des impréralions de livrnn contre la Grèce au chant II du Pèlerinage de Childe llarold (LXXIIL et suiv.), contient de fort beaux vers, mais ne fut naturellement pa5 du goût des Italiens. Peu de temps après la publication du poème, le colonel Gabriel Pepe, voulant venger l'honneur de sa patrie, écrivit contre Lamartine, qui venait d'être nommé premier secrétaire de la légation de France à l'Iorence (v. Introduction, p. xxx), ime brochure d'un ton si vif que le poète dut en demander satisfaction. Un duel eut lieu sur les bords d(; l'Arno. Lamartine fut blessé au bras droit. « Tout, dit-il, fut elTacé par un peu de sang entre l'Italie et moi. Je restai l'ami de mon adversaire. »

D/'jà, dorant les niâfs, le rayon de l'aurore

tSe joue avec les Ilots que sa pourpre colore;

La vague, qui s'éveille au souille Irais d»i jour,

En sillons écumeux se creuse tour à tour;

Et le vaisseau, serrant la voile mieux remplie, , 6

Vole, et rase de près la côte d'Italie.

llarold s'éveille; il volt grandir dans le lointain

Les contours azurés de l'horizon romain ;

Il voit sortir grondant, du lit fangeux du Tibre,

Un flot qui semble enfin bouillonner d'être libre, lo

I. LlaYon. Lamartine emploie presque toujours ce mol au singulier, avec u..e valeur collective. Cf. XXII, 27; XXIll, i65; X\V. G; XXVI. ,7: XXXI. •.((•,; etc.

&. Serrant la voile mieux remplie : fixant plus solideiiicnl la voile, parce que le vent la gonfle davantage.

10. En/m jjorte sur être libre. — Cf. B^ron, llar.. IV, lixu : u Peui-tu

Et Soracle, dressant son sommet dans les airs,

Seul se montrer (lei)out où tomba l'univers.

Plus loin, sur les confins de cette antique Europe,

Dans cet Éden du monde où languit Parthénope,

Comme un phare éternel sur les mers allume, i5

Son regard voit fumer le \ ('suvc enflamme :

Semblable au feu lointain d'un mourant incendie,

Sa flamme, dans le jour vm moment assoupie,

Lance, au retour des nuits, des gerbes de clartés;

La mer rougit des feux dans son sein reflétés, ao

Et les vents, agitant ce panache sublime.

Comme un pilier en feu d'un temple qui s'abîme,

Font pencher sur Ptestum, jusqu'à l'aube des jours,

La colonne de feu qui s'écroule toujours.

A la sombre lueur de cet immense phare, aS

Harold longe les bords où frémit le Ténare;

Où l'Elysée antique, en un désert changé,

Etalant les débris de son sol ravagé,

couler, antique fleuve du Tibre, clans ces déserts de marbre ? soulève tes flots jaunâtres pour en couvrir, comme d'un manteau, les affronts de Rome. » II. Soracte, mont des environs de Rome (auj. monte di S. Silvestro ; selon d'autres, monte S. Oreste). — Souvenir d'Horace, Od., 1, ix :

VicFes ut alta stet nive candidum Soracte ;

et de Byron, Har., IV, lxxiv et suiv. : « Il s'élève au milieu de la plaine comme une vague écumeuse qui va se briser, et qui reste un moment suspendue avant d'expirer sur la plage. »

i3. Confins : bords. Le Vésuve touche à la mer.

i4. Parthénope, nom antique de Naplcs. Selon la légende, la ville fut bâtie à l'endroit où les flots avaient rejeté Parthénope, l'une des Sirènes, lorsqu'elles se furent jetées à la mer de désespoir qu'Ulysse leur eût échappé, h' Éden da monde est la contrée avoisinante, célèbre dans l'antiquité, sous le nom de Campanie, pour la douceur et la mollesse de son climat; d'où « languit ». — Byron avait appelé l'Italie « le jardin de l'univers » {Har., IV, xxvi).

i8. Assoupie. Non que l'activité du volcan se ralentisse, mais on distingue beaucoup moins bien la flamme en plein jour.

2 1. Sublime, au sens du latin sublimis, qui se dresse haut dans les airs.

23. Pœslum, nom ancien du port de Pesto, sur la mer Tyrrhénienne, sensiblement au sud du Vésuve. — Sur la v'wae jours, toujours, v. II, 25-20 (note).

26. Ténare. Promontoire au sud de la Grèce (auj. cap Matapan), près duquel les anciens plaçaient une entrée des Enfers. Il y en avait une autre en Campanie, aulacAverne: Lamartine semble prendre ici un nom pour l'autre.

27. L'Élvsée antique. Les anciens donnsiont le nom d'Elysée ou Champs- Elysées à une région peu éloignée de l'Averuc, et voisine de la côte, où l'on a retrouvé les ruines de colombaires et de tombeaux nombreux.

lAUABTlME. P0Ê3IB. 6

98 PÈLERINAGE DUAROI.D

Du céleste séjour dont il oilVait l'image

Semble avoir conservé les astres sans nuage. 3o

Mais là, près de la tombe où le grand cvgnc dort,

Le vaisseau tout à coup tourne sa poupe au bord.

Fuyant de vague en vogue, Ilarold, avec tristesse,

Voit sous les flots brillants la rive qui s'abaisse ; •

Bientôt son œil confond l'Océan et les cieux ; 35

Et ces bords immortels, disparus à ses yeux,

Semblent s'évanouir en de vagues nuages,

Comme un nom qui se perd dans le lointain des âges.

« Italie! Italie! adieu, bords que j'aimais!

Mes yeux désenchantés te perdent pour jamais I 4o

0 terre du passé, que faire en tes collines?

Quand on a mesuré tes arcs et tes ruines.

Et fouillé quelques noms dans l'urne de la mort,

On se retourne en vain vers les vivants : tout dort,

Tout, jusqu'aux souvenirs de ton antique histoire, Lb

Qui te feraient du moins rougir devant ta gloire !

Tout dort, et cependant l'univers est debout!

Par le siècle emporté tout marche, ailleurs, partout!

Le Scythe et le Breton, de leurs climats sauvages

Par le bruit de ton nom guidés vers tes rivages, 5^

3o. Enlcnrlcz : semble n'avoir conserve d'autrefois que son ciel pur cl ses astres. Cf. Tristesse (^Secondes Méditations, XII):

Ramenez-moi, disais-je, au fortuné rivage Où Naples rcUccliit dans une mer d'azur Ses coteaui, ses palais, ses astres sans naage... 3i. Le fjrand cv/jne ; Virgile. Son tombeau se trouvait entre Pouzzoles et Naples ; on en montre encore la place sur le Pausilip[)c. Hyron avait de mémo célébré le tombeau de Pétrarque Qlar., IV, ixx et suiv.).

32. Au bord, vers le bord, du côt^ du bord : le vaisseau s'éloigne du rivage. V. XII, U (noie).

3g. Italie !... C'est Ilarold qui prend la parole. Cf. un mouvement analoguo dans la Perte de l'Anio {Harmonies. II, ni) :

Italie 1 Italie ! ab 1 pleure tes collines, Où l'histoire du monde est écrite en ruines ;.,. vers écrits précisément avec l'intention d'eiïacer l'impression causée par ceni-ci. d3. Fouillé: découvert en fouillant.

49. Le Scythe et le Breton : le Russe et l'Anglais, c'est-à-dire tous le» loutres peuples, même les plus lointains.

Jetant sur les cités un regard de mépris,

Ne t'aperçoivent plus dans tes propres débris,

Et, mesurant de l'œil tes arches colossales,

Tes temples, tes palais, tes portes triomphales,

Avec un rire amer demandent vainement 5.i

Pour qui l'immensité d'un pareil monument;

Si l'on attend qu'ici quelque autre César passe,

Ou si l'ombre d'un peuple occupe tant d'espace.

Et tu souffres sans honte un affront si sanglant!

Que dis-jc? tu souris au barbare insolent; 60

Tu lui vends les rayons de ton astre qu'il aime ;

Avec un lâche orgueil, tu lui montres toi-même

Ton sol partout empreint des pas de tes héros.

Ces vieux murs où leurs noms roulent en vains échos,

Ces marbres mutilés par le fer du barbare, 65

Ces bustes avec qui son orgueil te compare,

Et de ces champs féconds les trésors superflus.

Et ce ciel qui t'éclaire et ne te connaît plus !

Rougis!... Mais non; briguant une gloire frivole.

Triomphe ! On chante encore au pied du Capitole ! 70

A la place du fer, ce sceptre des Romains,

La lyre et le pinceau chargent tes faibles mains;

Tu sais assaisonner des voluptés perfides,

Donner des chants plus doux aux voix /le les Armides,

60. Barbare, au sens antique d'étranger, avec la nuance de mépris q:ic ce mot impliquait pour les Romains. — Réminiscence de Byron : « Salisiaits de regretter tout bas ce qu'ils ont perdu, [les Grecs] abordent leurs Ivrans avec un doui sourire. » {Ilar.. II, lsxxiii).

GC. Ces basles. L'étranger remarque, en voyant ces bustes antiques, la décadence de la race italienne, et s'enorgueillit de «a propre supériorité.

70. Triomphe ! Rien n'égale l'ironie insultante de ce mot, quand on songe à ce qu'il représentait pour les anciens Romains. — On chante encore : on y fait encore une chose glorieuse, et c'est de chanter ! Comparer Byron, Har., II, 1.XXIX et suiv. : « Quelle viOe offre plus de divertissements que toi, ô Stand)oul !... Mes yeux n'avaient jamais vu le spectacle de tant de l'êtes; mes oreilles n'avaient jamais été frappées de concerts plus doux que ceux qui faisaient tressaillir les échos du Bosphore... Les vierges de la centrée dansent sur le rivage ; les danseurs et les danseuses oublient également le sommeil et le toit paternel; leurs yeux languissants font entre eux un doux échange de regards, auxquels peu de cœurs pourraient résister ; etc. «

74. Armides. Le nom d'Armide, la magicienne de la Jérusalem délivrée qui fascine Renaud et le retient dans ses jardins enchantés, est souvent employé, surtout en poésie, pour désigner une femme qui joint aus séductions de la beauté celles d'une coquetterie savante.

100 PÈLERINAGE D HAROLU

Animer les couleurs sous uu pinceau vivant; 75

Ou, sous l'adroit burin de ton ciseau savant,

Prêter avec mollesse au marbre de Blanduse

Les traits de ces héros dont l'image t'accuse.

Ta langue, modulant des sons mélodieux,

A perdu l'âprclé de les rudes aïeux ; 80

Douce comme un flatteur, fausse comme un esclave,

Tes fers en ont usé l'accent nerveux et grave ;

Et semblable au serpent, dont les nœuds assonjilis

Du sol fangeux qu'il couvre imitent tous les plis,

Façonnée à ramper par un long esclavage, 8&

Elle se prostitue au plus servile usage.

Et, s'exhalant sans force en stériles accents.

Ne fait qu'amollir l'àme et caresser les sens.

« Monument écroulé, que l'écho seul habite;

Poussière du passé, qu'un vent stérile agile; 90

Terre, où les ûls n'ont plus le sang de leurs aïeux,

Où sur un sol vieilli les hommes naissent vieux.

Où le fer avili ne frappe que dans l'ombre.

Où sur les fronts voilés plane un nuage sombre,

76. Burin. Le burin est proprement l'oulil du graveur. Le mot parai* désigner ici l'action de buriner, de graver, et est applique par extension à la sculpt\ire.

77. Blamlase, déformation du nom de la source de Blandusie ou Bandusie, célébrée par Horace (Od., 111, xni). Lamartine appelle Horace luimême le « chantre de Ulanduse » (^l'élerina(je d'Harold, IV). Quant au marbre de ce nom, il n'en est question nulle part.

78. T'accuse: te convainc do mollesse et do lâcheté, par la comparaison qu'on fait de toi avec ces héros. Cf. v. C6.

81-82. Construction irrégulicre : douce cl fausse se rapportent à la langue, qui n'est représentée dans la proposition que par le pronom en.

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