‹ PoésieChapitre 121 sur 274 · HAROLD MOURANT · texte numérisé non relu

HAROLD MOURANT

« Quoi donc ! n'aimcs-tu pas au moins celui qui t'aime?

N'as-tu point de pitié pour noire heure suprême ?

Ne peux-tu, dans l'instant de nos derniers adieux,

D'un nuage de deuil te voiler à mes yeux?

Mes yeux moins tristement verraient ma dernière heure, aS

Si je pensais qu'en toi quelque chose me pleure,

Que demain la clarté du céleste rayon

Viendra d'un jour plus pâle éclairer mon gazon.

Et que les flots, les vents, et la feuille qui tombe,

Diront : « Il n'est plus là ; taisons-nous sur sa tombe. » 3o

Mais non : tu brilleras demain comme aujourd'hui !

Ah ! si tu peux pleurer, Nature, c'est pour lui 1

Jamais être formé de poussière et de flamme

A tes purs éléments ne mêla mieux son âme ;

Jamais espril mortel ne comprit mieux ta voix, 35

Soit qu'allant respirer la sainte horreur des bois,

Mon pas nuélancolique, ébranlant leurs ténèbres,

Troublât seul les échos de leurs dômes funèbres ;

Soit qu'au sommet des monts, écueils brillants de l'air,

J'entendisse rouler la foudre, et que l'éclair, 4o

S'échappant coup sur coup dans le choc des nuages.

Brillât d'un feu sanglant comme l'œil des orages ;

Soit que, livrant ma voile aux haleines des vents.

Sillonnant de la mer les abîmes mouvants,

2 1 et suiv. Cf. Byron, Lara, II, i: « Quels que soient les regrets qui s'exhalent sur ta tombe muette, les cieux et la terre ne t'accorderont pas une larme ; aucun nuage ne deviendra plus sombre, aucune feuille ne tombera plus tôt, aucun zé[)liyr ne soupirera pour toi ; mais les vers rampants s'empareront de leur [làture, et prépareront les dépouilles pour fertiliser la terre. »

23. Noire heure suprême: l'heure où nous nous voyons, toi et moi, pour la dernière fois.

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