PENSÉE DES MORTS
Ils ont souffert ; c'est une autre innocence I Ils ont aimé ; c'est le sceau du pardon 1
Ils furent ce que nous sommes, i85
Poussière, jouet du vent,
Fragiles comme des hommes,
Faibles comme le néant.
Si leurs pieds souvent glissèrent,
Si leurs lèvres transgressèrent 190
Quelque lettre de ta loi,
0 Père ! ô Juge suprême !
Ah ! ne les vois pas eux-même,
Ne regarde en eux que toi 1
Si tu scrutes la poussière, 195
Elle s'enfuit à ta voix ;
Si tu touches la lumière,
Elle ternira tes doigts ;
Si ton œil divin les sonde,
Les colonnes de ce monde • aoo
Et des cieux chancelleront ;
Si tu dis à l'innocence :
« Monte, et plaide en ma présence ! »
Tes Vertus se voileront.
Mais toi, Seigneur, tu possèdes jo5
Ta propre immortalité ;
Tout le bonheur que tu cèdes
Accroît ta félicité.
Tu dis au soleil d'éclore,
Et le jour ruisselle encore ; a 10
Tu dis au temps d'enfanter.
Et l'éternité docile,
Jetant les siècles par mille,
Les répand sans les compter !
ig3. Eux-même. V. XIV, 83 (note).
2o4. Tes Vertus. Dans la hiérarchie céleste, les Vertus forment le cin q uicme chœur des Anges.