‹ PoésieChapitre 138 sur 274 · PENSÉE DES MORTS · texte numérisé non relu

PENSÉE DES MORTS

Ils ont souffert ; c'est une autre innocence I Ils ont aimé ; c'est le sceau du pardon 1

Ils furent ce que nous sommes, i85

Poussière, jouet du vent,

Fragiles comme des hommes,

Faibles comme le néant.

Si leurs pieds souvent glissèrent,

Si leurs lèvres transgressèrent 190

Quelque lettre de ta loi,

0 Père ! ô Juge suprême !

Ah ! ne les vois pas eux-même,

Ne regarde en eux que toi 1

Si tu scrutes la poussière, 195

Elle s'enfuit à ta voix ;

Si tu touches la lumière,

Elle ternira tes doigts ;

Si ton œil divin les sonde,

Les colonnes de ce monde • aoo

Et des cieux chancelleront ;

Si tu dis à l'innocence :

« Monte, et plaide en ma présence ! »

Tes Vertus se voileront.

Mais toi, Seigneur, tu possèdes jo5

Ta propre immortalité ;

Tout le bonheur que tu cèdes

Accroît ta félicité.

Tu dis au soleil d'éclore,

Et le jour ruisselle encore ; a 10

Tu dis au temps d'enfanter.

Et l'éternité docile,

Jetant les siècles par mille,

Les répand sans les compter !

ig3. Eux-même. V. XIV, 83 (note).

2o4. Tes Vertus. Dans la hiérarchie céleste, les Vertus forment le cin q uicme chœur des Anges.

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