‹ PoésieChapitre 15 sur 274 · XXII LAMARTINE : ŒUVRES CHOISIES · texte numérisé non relu

XXII LAMARTINE : ŒUVRES CHOISIES

les pièces détachées qui cotiraienl les salons une élégante et dédaigneii-;e nonchalanco. il avait apporté un soin niinutioux, non sculeniont à rachôvcinent de chaque pièce, mais au classeuienl, à la composilion, à la variété de lensenible ; il avait disposé avec un goùl très sûr et une singulière science de la curiosité du public les confidences douloureuses, les sereines an.irmalioMs philosophiques, les romances et les prières, les élans profanes et les aspirations sacrées. Rompons l'ordre artificiel et concerlé dans lequel il a présenté ses poésies : nous y distinguerons plus aisément, en nous aidant des indications ciironologiques fournies par sa coirespoudance, les dillérenles inspirations f|u'i[ eut l'art de mêler et de fondre, de .manière <à donner lillusion d'uiu! sorte d'unité murale et poétique tout in\idonlaire et spontanée.

Deux pièces au moins, A Elvire^ et Le Golfe de Daïa (probablement aussi {'Hymne au Soleil), se rapportent non pas au souvenir de Mme Charles, mais à celui de Graziella. Placés sous l'invocation d'Horace, imprégnés d'un épicurisme facile, parsemés de souvenirs classiques et d'images mythologiques, ces poèmes ont leur grâce et leur mélancolie; on pourrait pourtant les retrancher sans que le caractère essentiel du recueil s'en trouvât altéré. C'est autour du souvenir de Julie que se groupent les quehpies chefs-d'œuvre qui restent insépaïables du nom et de la gloire de Lamartine : le Lac, l'holcment, l'Automne, le Vallon, d'une part; de l'autre, le Temple et l'Immortalité. Les premiers créent et portent d'emblée a sa perfectiou ce que Sainte-Beuve a appelé « lélégie moderne »; les deux autres marquent le point de départ d'une poésie religieuse et |)liilosoj)hique que nous verrons se pour-suivre dans les Méditations môme, s'accentuer dans la Mort de Socrate, s'épanouir enhn dans les Harmonies.

\j/ La joie et la douleiu' humaine, en face de la nature, com- ~^ parant leur propre fragilité à son rajeunissement éternel cl tt(tuvant parfois dans sa |)ai.\ ou dans sa tristesse on ne sait (pielie secrète douceur, voilà le thème des poésies élègiaques. Des paysages familiers en sont le cadre : le lac et les nionlagnes d'Ai.v, où i^amartine passa l'inoubliable été de IHIIi: riiorizon qui se découvre du haut des collines de .Miily; les

I. Cf. ]p Commentaire <le Lamarline : « J'écrivis le nom flElviro à la placo (lu nom de Grii/.ielln. On sent assez que ce n'est pas la même inspiration. » — 1) après M. (les Coignels (La Vie intérieure de Lumnrtine. p. 76), le Temple aiirail ygalemcnt élti écrit pour Graziella : il en donne des raisons fort planbibles.

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