‹ PoésieChapitre 171 sur 274 · MILLY OU LA TLRRL: NATALE · texte numérisé non relu

MILLY OU LA TLRRL: NATALE

Un jour, élevez-moi... Non, ne m'élevez rien ;

Mais, près des lieux où dort l'humble espoir du chrétien, a8o

Creusez-moi dans ces cliamps la couche que j'envie

Et ce dernier sillon où germe une autre vie !

|{]tendoz sur ma tète un lit d'herbes des champs

(^ue l'agneau du hameau broute encore au printemps,

Où l'oiseau dont mes sœurs ont peuplé ces asiles 385

Vienne aimer et chanter durant mes nuits tranquilles.

Là, pour marquer la place où vous m'allez coucher,

Roulez de la montagne un fragment de rocher ;

Que nul ciseau surtout ne le taille et n'efface

La mousse des vieux jours qui brunit sa surface ago

Et, d'hiver en hiver incrustée à ses lianes.

Donne en lettre vivante une date à ses ans.

Point de siècle ou de nom sur cette agreste page I

Devant l'éternité tout siècle est du même âge,

Et celui dont la voix réveille le trépas 295

Au défaut d'un vain nom ne nous oublîra pas.

Là, sous des cieux connus, sous les collines sombres

Qui couvrirent jadis mon berceau de leurs ombres,

Plus pi es du sol natal, de Pair et du soleil,

D'un sommeil plus léger j'attendrai le réveil. 3ot

Là ma cendre, mêlée à la terre qui m'aime,

Retrouvera la vie avant mon esprit môme.

Verdira dans les prés, fleurira dans les lleurs,

Boira des nuits d'été les parfums et les pleurs ;

Et, quand du jour sans soir la première étincelle 3o5

Viendra m'y -réveiller pour l'aurore éternelle.

En ouvrant mes regards je reverrai des lieuV

Adorés de mon cœur et connus de mes yeux,

Les pierres du hameau, le clocher, la montagne.

Le lit sec du torrent et l'aride campagne ; 3i.-

Et, rassemblant de l'œil tous les êtres chéris

Dont l'ombre près de moi dormait sous ces débris,

285. L'oiseaa. Il s'agit sans doute de rossignols, introduits par les sœurs de Lamartine dans les bocages de Milly (cf. v. a64). 390. Mousse. : lichen.

2Qb. Réveille. V. XI, 20 (note).

396. Au défaut de : malgré l'absence de. 399. Plus près que dans un caveau.

Avec des sœurs, un p<'re et l'âme d'une mère,

Ne laissant plus de cendre en dépôt à la terre,

Comme le passager qui des vagues descend

Jette encore au navire un œil reconnaissant,

Nos voix diront ensoml)]o à ces lieux pleins de charmes

L'adieu, le seul adieu qui n'aura point de larmes 1

Lamartine venait de publier, en oclobre i83i, sa brochure Sur la Politique ralionnelle, où, déclarant nettement sa sympathie pour le régime républicain, il adjurait les royalistes éclairés de ne pas s'entêter dans la réaction ou dans l'abstention et de se rallier au gouvernement de Juillet, monardiie de nom, véritable république de fait. Au nom de la religion du Christ comme au nom de la raison humaine, « l'histoire et l'Evangile à la main », il les conviait à coopérer sincèrement à l'œuvre de progrès moral, social et politique que la France était en train de réaliser, à ne pas entraver la marche de l'Inimanité « vers le but de sa destinée divine «, à ne pas vouloir remonter l'irrésistible courant de la civilisation ; il leur disait avec force que tel était, à l'heure actuelle, leur seul devoir envers la patrie, tandis qu'ils la trahiraient en prolongeant leur stérile fidélité aux hommes et aux institutions du j'JGPsé.

En décembre i83i, il renouvela en vers cetli; profession de foi personnelle et ces exhortations au parti royaliste dans l'ode sur le,s Révolutions, qui parut d'abord à part et dont il fit par la suite la dernière des Harmonies.

Quand l'Arabe altéré, dont le puils n'a plus d'onde,

A plié le matin sa tente vagabonde

\^\- suspendu la source aux llanrs de ses chameaux,

3i^. Ne laissant plus de cendre. Ressuscitant tous, sans exception.

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