Allusion à la Révolution française
2 1.'^. D'un mot. Sans doute le mot : Gloire! C'est l'Empire succédant à la République. D'aprc's la Politique rationnelle, « l'âge monarchique » se ferma M sur le rocher de Saint-Hélène ». Alors commence la quatriiiuo époque, celle « du droit et de l'action de tous ».
Et tout se fond, croule ou chancelle ; aiS
Et, comme un flot du flot chassé,
Le temps sur le temps s'amoncelle,
Et le présent sur le passé !
El sur ce sable où tout s'enfonce,
Quoi donc, ô mortels, vous annonce a'o
L'immuable que vous cherchez ?
Je ne vois que poussière et lutte.
Je n'entends (pie l'immense chute
Du temps qui tombe et dit : a Marchez ! »
Marchez ! l'humanité ne vit pas d'une idée ! 333
Elle éteint cliaque soir celle qui l'a guidée,
Elle en allume une autre à l'immortel flambeau :
Conujic ces morts vêtus de leur parure immonde,
Les générations emportent de ce monde
Leurs vêtements dans le tombeau. î3o
Là c'est leurs dieux ; ici les mœurs de leurs ancêtres, Le glaive des tyrans, l'amulette des prêtres. Vieux lambeaux, vils haillons de cultes ou de lois : Et quand après mille ans dans leurs caveaux on fouille, On est surpris de voir la risiblc dépouille a35
De ce qui fut 1 homme autrefois.
Robes, toges, turl)ans, tunique, pourpre, bure, •Sceptres, glaives, faisceaux, haches, houlette, armure. Symboles vermoulus, fondent sous votre main, Tour à tour au plus fort, au plus fourbe, au plus digne, jSo El vous vous demandez vainement sous quel signe Monte ou baisse le genre humain.
ïa5. ry'ine idée : d'une seule itlcc.
338. Ces morls. La coutume d'ensevelir les morts hrillamment parcs a clé et csl encore pratiquée clic/, do nombrcvix peuples. — Immonde : impure, parce quVllc est la parure d'un mort.
a 'il. Sous quel sljne. Sous quel pouvoir, chaque torU) de pouvoir étant •ymbolisée par un sigoc différent.
Sons le vôtre, ô cliivliens ! L'iiomnic vu (\u\ Dieu liavaillc (lliange éternellement de Cormes et de taille : (ù'ant de l'avenir, à grandir destiné, ajj
Il use on vieillissant ses vieux vêtements, comme Des membres élargis font éclater sur l'iiomme Les langes où l'enfant est né.
L'humanité n'est pas le bœuf à courte baleine Qui creuse à pas égaux son sillon dans la plaine aS.i
Kt revient ruminer sur un sillon pareil ; C'est l'aigle rajeuni qui change son [jlnmage, ICt qui monte allVonler, de nuage en nuage, De plus hauts rayons du soleil.
Enfants de six mille ans qu'un peu de bruit élonne, a'rj
Ne vous trouble/ donc pas d'un mot nouveau qui tonne. D'un empire éboulé, d'un siècle qui s'en val Que vous fcHit les débris qui jonchent la carrière ? Regardez en avant, et nop pas en arrière :
Le courant roule à Jéliovah ! aCo
Que dans a'os cœurs étroits vos espérances vagues Ne croulent pas sans cesse avec toutes les vagues : Ces flots vous porteront, hommes de peu de foi ! Qu'importent bruit et vent, poussière et décadence, Pourvu qu'au-dessus d'eux la haute Providence 265
Déroule l'éternelle loi !
Vos siècles page à page épellent l'Évangile : Vous n'y lisiez qu'un mot, et vous en lirez mille ;
243. Soas le vôtre répond à monte (mais noa à baisse). — Cf. Politique rationnelle. VI : « Cette époque (la quatrième) pourra s'appeler l'époquLévangélique, car elle ne sera que la déduction logique, que la réalisation sociale du sublime principe posé dans le livre di\'iii comme dans la nature même de l'humanité, de l'égalité et de la dignité morales de l'iiomme reconnues enfin dans le code des sociétés civiles... L'œuvre dj cette grande époque, œuvre longue, laborieuse, contestée, c'est d'appliquer la raison humaine, ou le \ crhc divin, ou la vérité évangélique, à 1 organisation poîitiqua des sociétés modernes... »
2G7. « L'Evangile est plein de promesses sociales et encore obscures; il se déroule avec les temps, mais il ne découvre à chaque époque que la partie de la route qu'elle doit atteindre. » (Po/i(. rationnelle, X).
A'os onlants plus hardis y liront plus avant ! Ce livre csl comme ceux des sibylles antiques, 270
Dont l'augure trouvait les reulllels prophétiques Siècle à siècle arrachés au vent.
Dans la foudre et l'éclair votre Verbe aussi vole : Montez à sa lueur, courez à sa parole,
Attendez sans ellVoi l'heure lente à venir, 275
Vous, enfants de celui qui, l'annonçant d'avance, Du sommet d'une croix vit briller l'espérance Sur l'horizon de l'avenir !
Cet oracle sanglant chaque jour se révèle : L'esprit, en renversant, élève et renouvelle. aSo
Passagers ballottés dans vos siècles flottants, Vous croyez reculer sur l'Océan des âges, Et vous vous remontrez, après mille naufrages, Plus loin sur la route des temps !
Ainsi quand le vaisseau qui vogue entre deux mondes sSd A perdu tout rivage, et ne voit que les ondes
270. Ceux des sibylles. Les livres sihyllins, recueil de propliélief, apportés, d'après la légende, par la Sibylle de dîmes ;i Tarqiiin le Siiiierlic et ronservcs depuis au Capitole, sous la garde d'un collège spécial de prêtres. Le poète exprime, sous une forme un peu confuse, celle idée que llivangile contient des levons appropriées à toutes les générations, de même que les livres sibyllins contenaient des prophéties pour tous les siècles.
271. L'augure. Impropriété : on ap[M']nit augures, chez les Romains, des prêtres qui tiraient des |)rédiclions de l'oliscrvation du vol et du cliant des oiseaux ; mais aucun augure ne consultait les livres sibyllins, (^es livres no pouvaient être consultés que par les prêtres sibyllins, sur l'ordre du sénat.
273. Arrachés au vent. Allusion assez vague au procédé par Iccpiel la Sibvlle répondait primitivement à ceux qui la consultaient dans son antre : elle inscrivait ses prédictions sur des feuilles de palmier et les livrait au vent, qui les emportait pêle-mêle. Chez Virgile, Énce, averti par le devin Ilélénus, obtient que la Sibylle lui parle au lieu d'écrire (^Enéide, III, fili'iei suiv,; VI, 7 4 et suiv.).
:i~<). Se révèle: s'explique. Jésus annonçant du haut de la croix où il souffre et meurt la félicité du monde futur est, aux yeux du poète, le symbole de ce renouvellement perpétuel de l'humanité, qui sort sans cesse rajeunie de ses ruines et de ses désastres.
2t>2. L'Océan des âjjes. Cf. ^'1I, 3,
S'cicvcr et crouler comme deux sombres murs ;
Quand le maître a brouillé les nœuds nombreux ([u'il filc,
Sur la plaihe sans borne il se croit immobile
Entre deux abîmes obscurs. ago
« C'est toujours, se dit-il dans son cœur plein de doute, Même onde que je vois, même bruit que j'écoule ; Le Ilot que j'ai francbi revient pour me bercer;- A les compter en vain mon esprit se consume. C'est toujours de la vague, et toujours de l'écume : 295
Les jours flottent sans avancer ! »
Et les jours et les flots semblent ainsi renaître. Trop pareils pour (|ue l'œil puisse les reconnaître, Et le regard trompé s'use en les regardant ; Et riiomme, que toujours leur ressemblance abuse, 3oo
Les brouille, les confond, les gourmande et t'accuse, Seigneur !... Ils marchent cependant !
Et quand sur cette mer, las de chercher sa route, Du firmament splendide il explore la voûte, Des astres inconnus s'y lèvent à ses yeux ; 3o5
Et, moins triste, aux parfums qui soufllent des rivages, Au jour tiède et doré qui glisse des cordages, Il sent qu'il a changé de cieux.
Nous donc, si le sol tremble au vieux toit de nos pères, Ensevelissons-nous sous des cendres si chères, 3 10
288. Brouillé les nœuds. Entendez : quand le capitaine, après de nomljrcm et lont^s détours, ne parvient pins à s'orienter.
28(|. l'iaine : plaine liquide (cf. le lat. x(juor).
aijtj. Les jours JloUenl. Image aussi expressive que hardie : ces jours monoloncs ne sont faits pour le navigateur que de la succession ininterrompue des Ilots.