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DEUXIEME ÉPOQUE

AU SÉMIXAirxE

Six ans so sont ccouK's, s;uis que Jocolvii ajoute une page à son journal. 11 a passé ces six années an séminaire do ***, clans u la médilalion, la prière et l'étude », tout à Dieu.

Février 1798.

Souvent, lorsque dos nuits l'ombre que l'on voit croihc

De piliers en piliers s'étend le long du cloître.

Quand, après i' Angélus et le repas du soir,

Les lévites épars sur les bancs vont s'asseoir,

Et que, chacun cherchant son ami dans le nombre,

On épanche son cœur à voix basse et dans l'ombre.

sortir an-flevnnl do lui avec des iniidxMirins et drs danses. Il dôrliirn sps vô- Icmcnls do d(''sespoir ; mais la jcuno illle se rcsifjna cour.if^ciisrnionl. t'Ilo demanda scidemont deux mois aliii d alliT, dans les montagnes, picijior .sa virginilc avec ses compagnes. Avi bout do deux mois, elle revint, et Jeplilé accomplit son vœu (Juges, XI, 3o-/io).

fi. Les lévites : les scininaristos. On sait lue, chez les Isiaclilcs, les lévite» êlalcnl consacrés au service du tcniplo.

AU SÉMINAIRE 18j

Moi qui n'ai point encore enlro eux trouvé d'ami,

Parce qu'un cœur trop plein n'aime rien à demi,

Je m'échappe, et, cliercliant ce conlidenl suprême

Dont l'amour est toujours égal à ce qu'il aime, lo

Par la porte secrète en son temple introduit,

Je répands à ses pieds mon âme dans la nuit.

Ossian ! Ossian ! lorsque plus jeune encore

Je revais des brouillards et des monts d'Inislorc ;

Quand, tes vers dans le cœur et ta harpe à la main, i5

Je m'enfonçais l'hiver dans les bois sans chemin,

Que j'écoulais silller dans la bruyère grise,

Comme l'âme des morts, le souffle de la bise,

Que mes cheveux fouettaient mon front, que les torrents,

Hurlant d'horreur aux bords des gouffres dévorants, ao

10. Entendez : dont l'amour ne déçoit jamais ceux qu'il aime. L'expression n'est pas très claire. — Lamartine avait d'abord écrit : ce qui l'aime.

11. Introduit. Le passif pour le réfléchi ; m'étant introduit. V. I, 26 (note). i3. Ossian. Barde gaélique du ni"= siècle ap. J.-C. l\Ia<[)herson, poêle

écossais, ])ul)]ia en 17G0 des poèmes qu'il altrihuait à Obsiau et qui ohliiirenl dans toute l'Europe un succès incomparable; il est démontré aujourd'hui qu'il les avait rédigés lui-même, en s'inspirant des vieilles légendes de son pays. — C'est à sa propre jeunesse, à son propre enthousiasme pour les poèmes d'OssJan que Lamartine a pensé ici. Cf. Confidences, VI, vi : « Il ro'en tomba une (édition) sous la main. Je m'abimai dans cet océan d'ombres, de sang, de larmes, de fantômes, d'écume, de neige, de frimas, et d'ima^'cs dont l'immensité, le demi-jour et la tristesse correspondaient si bien i la mélancolie grandiose d'une àme de seize ans qui ouvre ses premiers rayons (uc) sur l'intini. 0.ssian, ses sites et ses images correspondaient merveilleuseuiunt aussi à la nature du pays de montagnes presque écossaises, à la saison de l'année et à la mélancolie des sites où je le lisais. C'était dans les âpres frissons de novembre et de décembre. La terre était couverte d'un manteau de neige percé çà et là par les troncs noirs des sapins épars, ou surmonté par les branches nues des chênes où s'assemblaient et criaient les volées de corneilles. Les brumes glacées suspendaient le givre aux buissons. Les nuages ondoyaient sur les cimes ensevelies des montagnes. De rares échappées de soleil les perçaient par moments et découvraient de profondes perspectives de vallées sans fond, où l'œil pouviiit supposer des goU'es de mer. C'était la décoration naturelle et sublime des poèmes d'Ossian que je tenais à la main... »

i/(. Inislcre. lûistioge, ville d'Irlande, dans le comté de Kilkcnnj'.

i5. Ta harpe à ia main. Lamartine, à l'époque de sa passion pour Ossian, fit lui-même des vers ossianiques (v. Confidences, VI, xi) ; et Ossian demeura l'une des plus importantes sources littéraires de son inspiration : a Ossian, déclare-t-il lui-même, est certainement une des palettes où mon imagination a broyé le plus de couleurs, et qui a laissé le plus de ses teintes sur les faibles ébauches que j ai tracées depuis. »

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