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S'équilibre : s'adajite en équilibre

68. Le guide : guide le manche, c'est-à-dire, au moyen du manche, l'appareil entier de la charrue. — L'inversion qui précède : sous le coin tranchant jtour ouvrir le sillon, est un peu forcée. — On trouve une assez gracieuse ébauche de tonte cette description dans un fragment d'églogue intitulé le Pasteur et le Pêcheur et daté de 1826 :

Quand l'aurore exhalant sa matinale haleine Épand les doux parfums dont la vallée est pleine, Et, faisant incliner le calice des Oeurs, De la nuit sur les prés laisse épancher les pleurs. Alors que du matin la vive messagère.

L'alouette, quittant son nid dans la fougère, Et modulant des airs gais comme le* réveil. Monte, plane et gazouille au-devant du soleil. Saisissant mes taureaux par leur corne glissante. Je courbe sous le joug leur tète mugissante ; Par des nœuds douze fois sur leurs fronts redoublés J'attache au bois poli leurs membres accouplés ; L'anneau brillant d'acier au timon les enchaîne ; J'entrelace à leur joug de longs festons de chêne. Dont la feuille mobile et les flottants rameaux De l'ardeur du midi protègent leurs naseaux.

ÇMédilations, xxmj).

lAUAariNE. POÉSIE. iO

226 fÔCELYN

0 travail, sainte loi du monde,

Ton mystère va s'accomplir ! 7»

Pour rendre la glèbe féconde,

De sueur il faut l'amollir.

L'homme, enfant et fruit de la terre,

Ouvre les flancs de cette mère

Où germent les fruits et les fleurs ; 75

Gomme l'enfant mord la mamelle

Pour que le lait monte et ruisselle

Du sein de sa nourrice en pleurs.

La terre, qui se fend sous le soc qu'elle aiguise.

En tronçons palpitants s'amoncelle et se brise, 8o

Et, tout en s'entr'ouvrant, fume comme une chair

Qui se fend et palpite et fume sous le fer.

En deux monceaux poudreux les ailes la renversent ;

Ses racines à nu, ses herbes se dispersent ;

Ses reptiles, ses vers, par le soc déterrés, 85

Se tordent sur son sein en tronçons torturés.

L'homme les foule aux pieds, et, secouant le manche,

Enfonce plus avant le glaive qui les tranche ;

Le timon plonge et tremble, et déchire ses doigts ;

La femme parle aux bœufs du geste et de la voix ; 90

Les animaux, courbés sur leur jarret qui plie.

Pèsent de tout leur front sur le joug qui les lie ;

Comme un cœur généreux leurs lianes battent d'ardeur ;

Ils font bondir le sol jusqu'en sa profondeur.

L'homme presse ses pas, la femme suit à peine; 96

Tous au bout du sillon arrivent hors d'haleine;

Ils s'arrêtent: le bœuf rumine, et les enfants

Chassent avec la main les mouches de ses flancs.

•73-75. Fralt... fruits. Négligence, pcnt^ctre volontaire. 80. Tronçons: les mottes. Métaphore plus hardie que juste. 86. Torturés : tourmentés, tordus par la souffrance. •7. Le bœuf. Collectif.

Il est ouvert, il fume encore

Sur le sol, ce profond dessin 1 loo

0 terre, tu vis tout éclore

Du premier sillon de ton sein I

11 fut un Eden sans culture,

Mais il semble que la nature,

Clierchant à l'homme un aiguillon, io5

Ail enfoui pour lui sous terre

Sa destinée et son mystère.

Cachés dans son premier sillon.

Oh I le premier jour où La plaine,

S'entr' ouvrant sous sa forte main, no

But la sainte sueur humaine

Et reçut en dépôt le grain 1

Pour voir la noble créature

Aider Dieu, servir la nature,

Le ciel ouvert roula son pli ; ii5

Les fibres du sol palpitèrent.

Et les anges surpris chantèrent

Le second prodige accompli 1

Et les hommes ravis lièrent

Au timon les bœufs accouplés ; lao

Et les coteaux multiplièrent

Les grands peuples comme les blés ;

Et les villes, ruches tiop pleines,

Débordèrent au sein des plaines ;

100. Ce profond dessin. Le sillon, qui se dessine en crcus sur le sol. 107-108. Entendez ; le mystère de la destinée humaine, enfoui pour ainsi iire d'avance à l'endroit où l'homme devait ouvrir le premier sillon de la cerre. Les strophes suivantes expliquent et développent cette idée.

iio. Entendez; le ciel s'ouvrit en se repliant comme une tente qu'on .•ouïe. Cf. XXIII, 71 :

Le ciel se replie Comme un pavillon.

118. Le second prodige. Le premier étant celui de la création. 124. Débordèrent: regorgèrent d'habitants, comme les ruches regorgent d'abeilles. Cf. XLIII, i57-i58.

Et les vaisseaux, j^rands alcyons, iî5

Comme à leurs nids les hirondelles, Portèrent sur leurs larges ailes Leur nouriture aux nations I

Et, pour consacrer l'héritage

Du champ labouré par leurs mains, i3o

Les bornes firent le partage

De la terre entre les humains;

Et l'homme, à tous les droits propice.

Trouva dans son cœur la justice.

En grava le code en tout lieu, i35

Et, pour consacrer ses lois même

S'élevant à la loi suprême,

Chercha le juge et trouva Dieu !

Et la famille, enracinée

Sur le coteau qu'elle a planté, i4o

Refleurit d'année en année,

Collective immortalité ;

Et sous sa tutelle chérie

Naquit l'amour de la patrie.

Gland de peuple au soleil germé, i45

Semence de force et de gloire.

Qui n'est que la sainte mémoire

Du champ par ses pères semé !

Et les temples de l'Invisible

Sortirent des flancs du rocher, i5o

Et, par une échelle insensible.

L'homme de Dieu put s'approcher.

137, Sar : avec, au moyen de.

lag. Consacrer : rendre durable, au moyen d'une garantie sacrée. — Même sens au vers i36.

itio. A planté, pour avait planté. V. XI, ao (note).

idS. Ses. Ce possessif no se rapporte à aucun mot exprimé; mais l'idé» de 1 liomme en général domino tout le développement.

i5i. Insensible : ^ui ne lombo pas sous les sons, étran;ière uu monJo sensible.

Et les prières qui soupirent,

Et les vertus qu'elles inspirent,

Coulèrent du cœur des mortels. i55

Dieu dans l'homme admira sa gloire,

Et pour en garder la mémoire

Reçut l'épi sur ses autels.

Un moment suspendu, les voilà qui reprennent

Un sillon parallèle, et sans fin vont et viennent 160

D'un bout du champ à l'autre, ainsi qu'un tisserand

Dont la main, tout !e jour sur son métier courant,

Jelte et retire à soi le lin qui se dévide,

Et joint le fil au fil sur sa trame rapide.

La sonore vallée est pleine de leurs voix ; i65

Le merle bleu s'enfuit en sifflant dans les bois,

Et du chêne à ce bruit les feuilles ébranlées

Laissent tomber sur eux les gouttes distillées.

Cependant le soleil darde à nu ; le grillon

Semble crier de feu sur le dos du sillon. 17»

Je vois flotter, courir sur la glèbe embrasée

L'atmosphère p5?pable où nage la rosée

Qui rejaillit du sol et qui bout dans le jour.

Comme une haleine en feu de la gueule d'un four.

Des bœufs vers le sillon le joug plus lourd s'affaisse ; 170

L'homme passe la main sur son front, sa voix baisse ;

Le soc glissant vacille entre ses doigts nerveux ;

La sueur de la femme imbibe les cheveux.

Ils arrêtent le char à moitié de sa course ;

Sur les flancs d'une roche ils vont lécher la source, iSo

iBg. SuLspenda. Sorte de participe neutre : la chose (le travail) avant clé suspendue. — Peut-être aussi Lamartine avait-il dans l'esprit l'idée du sillon interrompu.

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