‹ PoésieChapitre 226 sur 274 · Élancée, pour s'élançant · texte numérisé non relu

Élancée, pour s'élançant

Dans quelques sanglots de ma voix, Dans ma douceur à la souffrance ; Et ma goutte à moi d'espérance, C'est dans mes pleurs que je la bois

Mais le milieu du jour au repas les rappelle :

Ils couchent sur le sol le fer ; l'homme dételle

Du joug tiède et fumant les bœufs, qui vont en paix ai5

Se coucher loin du soc sous un feuillage épais.

La mère et les enfants, qu'un peu d'ombre rassemble,

Sur l'herbe, autour du père, assis, rompent ensemble

Et se passent entre eux de la main à la main

Les fruits, les œufs durcis, le laitage et le pain ; aao

Et le chien, regardant le visage du père.

Suit d'un œil confiant les miettes qu'il espère.

Le repas achevé, la mère, du berceau

Qui repose couché dans un sillon nouveau.

Tire un bel enfant nu qui tend ses mains vers elle, •>25

L'enlève, et, suspendu, l'emporte à sa mamelle.

L'endort en le berçant du sein sur ses genoux.

Et s'endort elle-même, un bras sur son époux.

Et sous le poids du jour la famille sommeille

Sur la couche de terre, et le chien seul les veille, aSo.

Et les anges de Dieu d'en haut peuvent les voir,

Et les songes du ciel sur leurs tètes pleuvoir.

Oh ! dormez sous le vert nuage

De feuilles qui couvrent ce nid.

Homme, femme, enfants leur image, aSâ

Que la loi d'amour réunit 1

220. Laitage : fromage. — Dans un « devoir » d'écolier, qu'il est intéress.Tnt à tous égards de rapprocher des ^Laftoureurs, Lamartine, dépei^^nant la journée du vigneron et de sa famille, parlait déjà du « blanc laitage à rr.oitié durci » que l'on étend, à l'heure du repas, sur des tranches da pain {Cours familier de Littérature, I" Entretien).

0 famille, abrégé du monde,

Instinct qui charme et qui féconde

Les fils de l'homme en ce bas lieu,

N'est-ce pas loi qui nous rappelle î4u

Celte parenté fralernelle

Des enfants dont le père est Dieu ?

Foyer d'amour où cette flamme

Qui circule dans l'univers

Joint le cœur au cœur, l'âme à l'âme, a45

Enchaîne les sexes divers,

Tu resserres et tu relies

Les générations, les vies,

Dans ton mystérieux lien ;

Et l'amour, qui du ciel émane, a5o

Des voluptés culte profane,

Devient vertu s'il est le lien !

Dieu te garde et te sanctifie,

L'homme te confie à la loi.

Et la nature purifie a55

Ce qui serait impur sans toi.

Sous le toit saint qui të rassemble,

Les regards, les sommeils ensemble

Ne souillent plus ta chasteté.

Et, sans qu'aucun limon s'y mêle, 260

La source humaine renouvelle

Les toi'renls de l'humanité.

938. Charme, féconde, pour: charmes, fécondes. V. XV, ,^i-33 (note).

î46. Sexes divers n'est pas heureux. — Lamartine avait écrit d'abord :" I08 dges divers.

ibi-2bj. Entendez : culte profane, s'il est le culte des voluptés, l'amour devient vertu s'il est le culte de la famille (sous la forme de l'amour con-

ubb. Parifie. Par la double consécration du mariage religieux (v. a53)et du mariage civil (v. a5/i). Entendez que 1 institution de la famille purifie l'iiinoiir, qui, sans elle, obéissant à la seule impulsion de la nature, serait iiii|)iir. — Sur la rime sancli/ie, purifie, v. II, i35-i36 (note).

ub'j-ibi. fiassemble, ensemble. V. Il, i35-i36 (notej.

Ils ont quitté leur arbre et repris leur journée.

Du malin au couchant l'ombre déjà tournée

S'allonge au pied du chêne et sur eux va pleuvoir ; 365

Le lac, moins éclatant, se ride au vent du soir.

De l'autre bord du champ le sillon se rapproche.

Mais quel son a vibré dans les feuilles ? La cloche,

Gomme un soupir des eaux qui s'élève du bord.

Répand dans l'air ému l'imperceptible accord, 270

Et, par des mains d'enfants au hameau balancée,

\ ient donner de si loin son coup à la pensée :

C'est l'Angélus qui tinte, et rappelle en tout lieu

Que le matin des jours et le soir sont à Dieu.

A ce pieux appel le laboureur s'arrête ; 375

Il se tourne au clocher, il découvre sa tête,

Joint ses robustes mains d'où tombe l'aiguillon,

Elève un peu son âme au-dessus du sillon,

Tandis que les enfants, à genoux sur la terre.

Joignent leurs petits doigts dans les mains de leur mère. a8o

Prière, ô voix surnaturelle

Qui nous précipite à genoux !

Instinct du ciel qui nous rappelle

Que la patrie est loin de nous!

Vent qui souffle sur l'âme humaine, a85

Et de la paupière trop pleine

Fait déborder l'eau de ses pleurs.

Comme un vent qui, par intervalles.

Fait pleuvoir les eaux virginales

Du calice incliné des fleurs ! 200

264. Matin, pour orient. — i^éjà Icurnée. pour : ayant, déjà tourné.

267. L'autre bord: le côté opposé ù celui où l'on a coininencé le ru.itin.

270. Ému : ébranlé. Cf. XXXIII, 70. — Accord. V. I, 16 (aote).

372. Le son de la cloche, ayant frappé l'oreille, éveille dans la pensée la •ouvenir de Dieu.

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