Les eaux virginales. L'eau pure de la rosée
Sans toi que serait celte fange ?
Un monceau d'un impur limon,
' Où l'homme après la brute mange
Les herbes qu'il tond du sillon.
Mais par toi son aile cassée agâ
Soulève encore sa pensée Pour respirer au vrai séjour, La désaltérer dans sa course, Et lui faire boire à sa source L'eau de la vie et de l'amour I 3oo
Le cœur des mères te soupire,
L'air sonore roule ta voix,
La lèvre d'enfant te respire,
L'oiseau t'écoute aux bords des bois ;
Tu sors de toute la nature 3o5
Comme un mystérieux murmure
Dont les anges savent le sens ;
Et ce qui souffre, et ce qui crie,
Et ce qui chante, et ce qui prie.
N'est qu'un cantique aux mille accents. 3io
0 saint murmure des prières.
Fais aussi dans mon cœur trop plein.
Comme des ondes sur des pierres,
Chanter mes peines dans mon sein ;
Que le faible bruit de ma vie 3i5
En extase intime ravie
S'élève en aspirations ;
Et fais que ce cœur que tu brises,
Instrument des célestes brises,
Eclate en bénédictions ! Sao
îgô. Par toi : grâce à toi. — Cassée : qiioîquc cassée. Allusion ?i la chute de 1 homme.
^97. Pour respirer : de manière à co qu'il (ou elle) respire. Peut-être faut-il lire le désaltérer (v. 298).
3oi-3o3. Soupire, respire. V. II, i3d-i36 (note).
Soi. Bords. V. IV, 6 (nott-).
3 10. Insirumenl. Le cœur humain est comparé à une harpe.
Un travail est fini, l'autre aussitôt commence.
Voilà partout la terre ouverte à la semence :
Aux corbeilles de jonc puisant à pleine main,
En nuage poudreux la femme épand le grain ;
Les enfants, enfonçant les pas dans son ornière Zi'^
Sur sa trace, en jouant, ramassent la poussière
Que de leur main étroite ils laissent retomber,
Et que les passereaux viennent leur dérober.
Le froment répandu, l'homme attelle la herse,
Le sillon raboteux la cahote et la berce : 33a
En groupe sur ce char les enfants réunis
Effacent sous leur poids les sillons aplanis.
Le jour tombe, et le soir sur les herbes s'essuie ;
Et les vents chauds d'automne amèneront la pluie ;
Et les neiges d'hiver, sous leur tiède tapis, 335
Couvriront d'un manteau de duvet les épis ;
Et les soleils dorés en jauniront les herbes.
Et les filles des champs viendront nouer les gerbes,
Et, tressant sur leurs fronts les bluets, les pavots,
Iront danser en chœur autour des tas nouveaux ; 3iu
Et la meule broiera le froment sous les pierres ;
Et, choisissant la fleur, la femme des chaumières,
Levée avant le jour pour battre le levain.
De ses petits enfants aura pétri le pain ;
Et les oiseaux du ciel, le chien, le misérable, 3^5
Ramasseront en paix les miettes de la table ;
Et tous béniront Dieu , dont les fécondes mains
A.U festin de la terre appellent les humains !