Selma. Bru de Phayr et mère de Daïôâa
86. Un homme sans parole. Ccdar. (lui ignore la langue des morlfls; Daïdha, bientôt, la lui enseignera.
Ils le firent tomber dans l'envieuse couche
Avant que mon doux lait fût tari sur ta bouche.
OhJ dis-moi, redis-moi, quel lait bois-tu là-bas?
Quelle mère en chantant te berce sur les bras ? no
De quel nom, mon Adda, plus doux t'appelle-t-elle ?
Dis-le-moi, pour qu'aussi de deux noms je t'appelle,
Pour qu'en venant la nuit parler à ton gazon.
Tu ne te trompes pas et réponde à ton nom !
Enfant, as- tu grandi sous l'herbe où tu reposes? ii5
Les enfants de la mort te tressent-ils des roses ?
Des grains rouges des bois te font-ils un collier ?
Il me semblé parfois que je t'entends crier.
J'ouvre mes bras la nuit, ma fille, pour te prendre ;
Car l'époux de mes nuits, hélas ! a beau suspendre uo
Tes frères à mon cou pour m'y faire penser,
Des deux yeux de mon âme il ne peut t'elTacer !
Je suis l'oiseau plaintif à l'aile bleue et blanche
Dont le courant du fleuve, en secouant la branche,
A fait tomber du nid et rouler dans les flots ia5
Un petit, le premier de la couvée éclos :
Il a beau réchauffer les autres sous sa plume,
Du seul qu'il a perdu le souci le consume,
Et tout le jour il crie et regarde dans l'eau
Et porte sa becquée à son petit oiseau. » i3o
Ainsi parlaient aux morts les hommes et les femmes,
En couvrant leurs gazons de présents pour leurs âmes.
Leurs pas, se détachant lentement de ces lieux,
Semblaient s'incorporer à ce sol des aïeux ;
Tant peut sur les humains la mémoire chérie ! i3d
C'est la cendre des morts qui créa la patrie.
Après avoir ainsi versé l'eau de leurs coeurs,
Chacun tira ses dieux de leurs arches de fleurs,
Et, les plaçant au seuil de ces antres sauvages.
Les pria d'habiter et d'aimer ces rivages. i4
lia. De deux noms: de ton nom terrestre et rie ton nom d'outre-tombe. Ii3. En venant: quand je viendrai. Construction irrcgulière. iiA. Réoonde. Licence, Dour : répondes. V. XV, 3i-33 (note).