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QUATRIÈME VISION

Lorsqpie la tribu s'aperçoit de leur amour, les persécutions commencent pour Ct'dar et Daïdha. — Deux jumeaux leur naissent, une fille et un fils. Cédar lés élève en secret dans la montagne oîi il garde les troupeaux. Mais bientôt on les découvre. La colère de la tribu redouble : Cédar est condamné à périr dans les eaux delOronte, les jumeaux sont réservés aux lions du désert, leur mère subira le supplice de la « tour de la faim » :

C'était une prison, une tombe vivante,

Que 1 on formait de boue et de pierre mouvante.

Et que l'on élevait comme une hante tour.

Sans porte et sans fenêtre, et sans issue autour,

De sorte qu'enfermé dans cette arche profonde,

Ce haut mur séparait le coupable du monde.

Et que les dieux du ciel, qui seuls voyaient son sort.

Ne pouvaient accuser personne de sa mort.

Autour de Da'ïdha, dans son sépulcre assise,

Déjà les blocs montaient assise sur assise ;

Son âme, à demi morte, entendait retentir

Les pierres du tombeau qui devait l'engloutir.

Ainsi que la victime au couteau s'abandonne, ô

Ses yeux, fixés au sol, n'imploraient plus personne ;

De sa tète son cou ne portait plus le poids ;

Son visage glacé se cachait dans ses doigts.

Et l'ondulation des cheveux sur la mousse

De son coeur qui battait marquait chaque secousse. lo

l'Ile semblait avoir accepté son cercueil ;

.Mais quand, baissant les mains, elle vil d'un coup d'œil

i-a. Assise (participe), assise (substantif). Rime faible. V. VIII, 75-7G (note).

9. Ses longs cheveux traînent jusque sur le sol et tressaillent, avec toute ea personne, à chaque battement de son cœur.

L'enceinte du rocher, qui montait à mesure, De ses fi'ères bientôt dépasser la ceinture, Comme un homme endormi qu'une vipère mord, i5

Elle bondit de terre avec un cri de mort; ' Elle tendit ses bras tout charges de prières Aux femmes de Phayr, assises près des pierres : « Oh! dit-elle, arrêtez, arrêtez un moment Avant de refermer ce fatal monument. 20

0 ma mère ! ô mes sœurs ! ô frères de ma race I A mes derniers soupirs accordez une grâce : Laissez une fenêtre étroite à cette tour, Non pour que dans ma nuit il entre un peu de jour, J'ai honte du soleil et je hais la lumière ! a5

Mais pour que, si ma mort ne vient pas la première. Je puisse voir encore et du sein allaiter Mes fruits qui sur vos mains me viendront visiter, Afin que de leur mort mon lait retarde l'heure. Et qu'ils vivent du moins jusqu'à ce que je meure ! 3o

Oh I ne les sevrez pas du moins avant ma mort ! Oh ! pendant que leur coupe est pleine jusqu'au bord, Laissez-moi jusqu'au fond la leur répandre toute ! Qu'ils ne tombent de soif qu'à la dernièi'e goutte!... » Elle se tut, ses mains palpitaient : à ce cri, 35

Des mères de Phayr le cœur fut attendri ; Le fruit qu'elles portaient s'émut dans leurs entrailles ; Elles firent laisser une fente aux murailles. Promirent d'apporter les enfants ; et la tour Monta de pierre en pierre et rétrécit le jour. 60

La foule, en s'éloignant de la prison mortelle. En malédiction se répandit sur elle, Et Daïdha bientôt n'entendit d'autre bruit Que le courant du fleuve et le vent de la nuit. Semblable, en son instinct, à la biche sauvage, c

Qui, les jours et les nuits, fait le tour de sa cage.

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