‹ PoésieChapitre 237 sur 274 · Phayr. V. XLI, 67 (note · texte numérisé non relu

Phayr. V. XLI, 67 (note

28. Fruits. Métaphore particulièrement fréquente dans la Chute d'an Anje. Cf. ausbi XV, 3tjij.

Flairant si les barreaux qui captivent ses pas

Sous le poil de ses flancs ne s'élargiront pas,

Elle tourna longtemps autour de l'édiGce,

Cherchant avec les mains aux murs un interstice, 5o

Se meurtrissant le sein aux angles du rocher,

Et de ses doigts saignants cherchant à s'accrocher ;

Mais les murs à ses mains ne donnaient point de prise,

Ils ne laissaient filtrer dedans ni jour ni brise;

Et, comme ensevelie au bas d'un puits profond, 5b

Chaque effort pour monter la replongeait au fond.

Lasse enfin de tenter un effort qui succombe,

La paix du désespoir descendit dans sa tombe ;

Elle s'assit à terre, appuyée à sa tour:

« Mourir, dit-elle, ainsi ! pour une nuit d'amour ! 6«

Oh ! oui, mourir cent fois ! Cédar, œil de mon âme !

Mourir cent fois ainsi, puisque je meurs sa femme !

Que mille tours de faim montent, croulent sur moi,

Avant que Daïdha rougisse d'être à toi ;

Avant que ma douleur se repente, ô ma vie, 65

De ces deux fruits d'amour que leur haine m'envie 1

Qu'ils exècrent ton nom, je l'adore au cercueil;

Mon supplice est ma fol, ma honte est mon orgueil!

Jusqu'au fond des enfers que ma tombe se creuse !

Cédar, mourir pour toi, c'est encore être heureuse! 70

0 mort, que tardes-tu? Viens, viens nous réunir!

Comme des pas d'amant je t'écoutc venir. »

Et puis, tout attentive, elle écoutait en elle

Si la soif de sa lèvre était bientôt mortelle ;

Ou bien si de la faim la dernière langueur 75

Ne se trahissait pas aux battements du cœur.

Mais, dans ces premiers temps d'une forte nature,

La sève de longs jours vivait sans nourriture ;

Et la jeune victime, interrogeant en vain.

Ne ressentait encor ni la soif ni la faim ; 80

/!i7. Captivent: retiennent captifs. Cf. IV, i34.

57. Lasse. Pour la construclion, v. IV, i ag (note). — Sttceombe, Pour l'emploi du présent, v. XI, 20 (note).

68. Est ma foi : est l'effet et la preuve de ma foi. 78. La sève vivait : la vie durait.

Et, les sens soutenus de tendresse et d'alarmes, Elle mangeait son cœur et dévorait ses larmes

Les étoiles du ciel, qui passaient tour à tour

Dans le morceau du ciel que laissait voir la tour,

La virent de là-haut, en traversant l'espace, 85

Dans la même attitude et dans la même place,

Aux pierres de la tour les membres appuyés,

Les mains jointes tombant sur ses genoux plies.

Quand dans le blanc du ciel le jour revint éclore,

L'alouette en montant lui gazouilla l'aurore; 90

Une noire hirondelle au plumage d'azur,

Rasant la haute tour, parut au bord du mur ;

Aux blocs, "en tournoyant, elle froissa son aile.

Et sur un plat rebord se plaça tout près d'elle.

Elle leva les mains : « Compatissant oiseau, g5

Qui descends pour me voir dans mon morne tombeau.

Ne les as-tu pas vus, dis-moi, couchés par terre,

Comme des œufs brisés, mes deux petits sans mère?

Riaient-ils ? pleuraient-ils? me tendaient-ils les bras?

Ne vas-tu pas les voir quand tu remonteras? 100

N'as-tu pas vu, dis-moi, du bord où tu t'abreuve.

Le beau corps de Cédar roulé dans l'eau du fleuve J>

Oh! dis-lui que je vais le rejoindre bientôt!

L'amour ne va-t-il pas plus vite que le flot?

Que tiens-tu dans ton bec, oiseau qui bois aux vagues ? io5

Est-ce un brin de la mousse ? est-ce un cheveu des algues ?

Ou de son front flottant, dis-moi n'as-tu pas pris

Un de ses cheveux d'or pour coucher tes petits ?

Oh ! laisse-moi tomber ce fil que je t'envie.

Un cheveu de sa tête ! un rayon de sa vie ! nô

Un débris de sa mort, oiseau, laisse-le moi !

Je n'ai que ce cheveu, les forêts sont à toi !... »

Mais, son geste et sa voix effrayant l'hirondelle.

L'oiseau vers le sommet remonta d'un coup d'aile,

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