‹ PoésieChapitre 238 sur 274 · Da ciel... du ciel. Négligence · texte numérisé non relu

Da ciel... du ciel. Négligence

loi. Abreuve, pour abreuves. V. XV, 3i-33 (note).

io5-ioô. Vagues, algues. Fausse rime. Cf. XXXIX, I3i-i33.

Et de son désespoir le cri fit envoler ii5

Le seul être de Dieu qui vînt la consoler.

De ce dernier commerce elle perdit les charmes.

Et son œil épuisé s'assoupit dans les larmes.

En songe quelque temps son âme sommeilla ;

Comme un coup dans le cœur un cri la réveilla : uo

C'était ce cri de soif, insensible à l'oreille,

Auquel dans son repos une mère s'éveille,

De ses pauvres petits le doux vagissement.

Qui venaient à sa mort demander l'aliment.

Deux filles de Ségor, les tenant par la hanche, ia5

Les tendaient par la fente à la mamelle blanche.

Tandis que Daïdha, dont le cœur ruisselait,

En les lavant de pleurs, les arrosait de lait :

« Buvez, mes blancs ao;neaux ! bois, ma blanche colombe I

Buvez l'eau de mon cœur qui coule de la tombe I i3o

Pressez ainsi, pressez, des lèvres, de la main,

Cette source d'amour que va tarir la faim 1

Que ne peut d'un seul trait votre bouche assouvie

Épuiser tout mon sang avec toute ma vie !

Et que ne tombez-vous des mamelles sevrés, i35

Comme deux enfants morts, par la grappe enivrés !...

Oh ! que vous aurez soif lorsque je serai morte !

Oh ! ne souriez pas, ou bien qu'on vous remporte !

Je puis vous voir mourir, oui, mais je ne puis voir

La mort sourire ainsi dans vos yeux sans espoir !... » i4a

En leur parlant ainsi, ses deux mains convulsives

Pressaient contre son sein ces deux tètes naïves.

Semait de longs baisers qu'entrecoupaient ses pleurs

Leurs dents teintes de lait, leurs yeux, leur joue en fleurs,

Enlaçait à son cou leurs bras pour les suspendre, ifii

Mordait de leurs cheveux le duvet blond et tendre,

ia5. Ségor. L'un des principaux chefs de la tribu.

i35. Sevrés : sépares.

i/l3. Le verbe semait et les verbes suivants, enlaçait, mordait, se mirait, fermait, rouvrait, n'ont pas de sujet exprime. Le poète continue la phr.isa oomiue s'il avait écrit : de ses deux mains convulsives elle pressait, ete.

Se mirait dans leurs yeux comme dans un miroir,

Fermait les siens d'horreur, les rouvrait pour mieux voir,

Tandis que les enfants que sa chaste mamelle

Attirait tour à tour et repoussait loin d'elle, i5o

Prenant ces faux transports et ces pleurs pour des jeux,

Riaient en se jouant entre ses longs cheveux.

Quand du lait sous leurs dents la source fut tarie,

Ces fdles, sans pitié pour sa voix qui les prie.

Reportèrent ses fils dormants à la tribu, i55

Comme l'on trouble l'eau quand les agneaux ont bu.

Daïdha, du regard poursuivant chaque femme

Qui semblait emporter les deux parts de son âme,

Suivit de l'œil ses fruits tant qu'elle put les voir.

Trois fois dans la journée ils tétèrent ; le soir, i6u

Quand les femmes du chef vinrent vers la fenêtre,

Elles ne virent plus Daïdha reparaître.

Leur voix, pour l'avertir, l'appela dans la tout ,

Une mourante voix en sortit à son tour ;

Ses jambes, fléchissant sous langoisse mortelle, i65

Ne pouvaient plus du sol se déplier sous elle.

Aux cris de ses petits elle fit un effort,

Mais l'élan de son cœur ne put lever la mort :

Elle retomba faible au pied noir des murailles.

« Oh ! parles fruits vivants ou morts de vos entrailles, 170

Dit-elle en élevant encore un peu la voix.

Par l'eau que vous buvez, par les pleurs que je bois.

Passez-moi les agneaux dans l'étroite ouverture,

Que je leur donne encore un jour leur nourriture.

Le lait de ma mamelle à leur cri monte et sort, 175

Il coulera peut-être encore après ma mort ;

i5i. Faux : qui ont un faux air de joie. Cf. XLIV, 89 : faux sourires de joie qui finit en sanglots.

i54. Prie. V. XL 20 (aote).

157. Entendez : les deux femmes qui semblaient emporter chacune une mc'itiû Gd son âme.

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