L'EXPIATION
Et, couvant contre lui ses enfants de son sein,
Dans son amant, hélas! voyait leur assassin.
Il ne put l'arracher, trop faible, de la terre
Où\sa fureur chercliait une mort volontaire : ido
En allant quêter seul au loin la goutte d'eau,
En marchant plus léger sans son triple fardeau,
Il espéra trouver la source poursuivie,
Et devancer la mort en rapportant la vie.
Il partit vers la plage où l'espoir avait lui. i45
Le sable du désert disparaissait sous lui.
Ainsi qu'un fossoyeur qui mesure une tombe
Et marche en enjambant la terre où son pied tombe,
Les anges le voyaient arpenter à grands pas,
Dans le deuil de son cœur, le champ de son trépas. i5o
Son ombre le suivait comme une aile cassée
Que traîne sur le sol la cigogne blessée.
Les pentes du désert par degrés s'abaissaient ;
Sous le sable déjà les pierres le blessaient ;
Les têtes des palmiers d'une terre féconde i55
Sortaient de l'horizon comme les mâts de l'onde.
Sous le voile ondoyant de ses bords de roseaux
Le fleuve tout à coup lui déroula ses eaux.
Cet aspect lui rendit l'espérance et la force ;
D'un palmier séculaire il déchira l'écorce, i6o
Sa main en large coupe en déplia les bords :
Il descendit au fleuve, il y plongea son corps.
Écumante, au niveau de sa lèvre altérée
Montait la brise humide et la vasue azurée :