‹ PoésieChapitre 253 sur 274 · L'EXPIATION 2(JJ · texte numérisé non relu

L'EXPIATION 2(JJ

« 0 terre ! criait-il, à- marâtre de l'homme !

Sois maudite à jamais dans le nom qui te nomme ! aoo

Dans tout grain de ton sable, et tout brin de gazon

D'où la vie et l'esprit sortent comme un poison !

Dans la sève de mort qui sous la peau circule,

Dans l'onde qui t'abreuve et le feu qui te brûle,

Dans l'air empoisonné que tu fais respirer ao5

A l'être, ton jouet, qui naît pour expirer I

Dans ses os, dans sa chair, dans son sang, dans sa fibre,

Où le sens du supplice est le seul sens qui vibre 1

Où de la vie au sein les palpitations

Ne sont de la douleur que les pulsations ! aïo

Où l'homme, cet enfant d'outrageante ironie.

Ne mesure son temps que par son agonie !

Où ce souffle animé, qui s'exhale un moment,

Ne se connaît esprit qu'à son gémissement !

Tout être que de toi l'inconnu fait éclore îi5

Gémit en t'arrivant, en s'en allant t'abhorre I

Nul homme ne se lève un jour sur son séant

Que pour frapper du pied et pleurer le néant 1

Que maudite à jamais, qu'à jamais efFacée,

Soit l'heure lamentable où je t'ai traversée ! aao

Que ta fange m'oublie et ne conserve pas,

Une heure seulement, la trace de mes pas !

Que le vent, qui te touche à regret de ses ailes.

De nos corps consumés disperse les parcelles !

Que sur ta face, ô terre ! il ne reste de moi 3a5

Que l'imprécation que je jette sur toi I »

ao3. L'esprit: la pensée.

3o5-3o6. Respirer, expirer. V. II, i35-i36 (note").

311. Où thomme se lie mal à ce qui précède. — D'outrageante ironie. Dont !a création et la condition ne sont qu'outrage et ironie de la part du Destin.

312. Son agonie: le temps qu'il meta mourir, c'est-à-dire, ici, toute la vie.

317. Sur son séant. La rime fait dire au poète une chose singulière,

aïo. Pleurer: regretter, désirer. V. VII, sS (note).

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