L'EXPIATION 2(JJ
« 0 terre ! criait-il, à- marâtre de l'homme !
Sois maudite à jamais dans le nom qui te nomme ! aoo
Dans tout grain de ton sable, et tout brin de gazon
D'où la vie et l'esprit sortent comme un poison !
Dans la sève de mort qui sous la peau circule,
Dans l'onde qui t'abreuve et le feu qui te brûle,
Dans l'air empoisonné que tu fais respirer ao5
A l'être, ton jouet, qui naît pour expirer I
Dans ses os, dans sa chair, dans son sang, dans sa fibre,
Où le sens du supplice est le seul sens qui vibre 1
Où de la vie au sein les palpitations
Ne sont de la douleur que les pulsations ! aïo
Où l'homme, cet enfant d'outrageante ironie.
Ne mesure son temps que par son agonie !
Où ce souffle animé, qui s'exhale un moment,
Ne se connaît esprit qu'à son gémissement !
Tout être que de toi l'inconnu fait éclore îi5
Gémit en t'arrivant, en s'en allant t'abhorre I
Nul homme ne se lève un jour sur son séant
Que pour frapper du pied et pleurer le néant 1
Que maudite à jamais, qu'à jamais efFacée,
Soit l'heure lamentable où je t'ai traversée ! aao
Que ta fange m'oublie et ne conserve pas,
Une heure seulement, la trace de mes pas !
Que le vent, qui te touche à regret de ses ailes.
De nos corps consumés disperse les parcelles !
Que sur ta face, ô terre ! il ne reste de moi 3a5
Que l'imprécation que je jette sur toi I »
ao3. L'esprit: la pensée.
3o5-3o6. Respirer, expirer. V. II, i35-i36 (note").
311. Où thomme se lie mal à ce qui précède. — D'outrageante ironie. Dont !a création et la condition ne sont qu'outrage et ironie de la part du Destin.
312. Son agonie: le temps qu'il meta mourir, c'est-à-dire, ici, toute la vie.
317. Sur son séant. La rime fait dire au poète une chose singulière,
aïo. Pleurer: regretter, désirer. V. VII, sS (note).