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'Adieux, retours, départs pour de lointaines rives, Mémoire qui revient pendant les nuits pensives A ce foyer des cœurs, univers des absents !

Ah ! que tout fds dise analhcme

A l'insensé qui vous blasphème I aSo

Rêveur du groupe universel,

Qu'il embrasse, au lieu de sa mère,

Sa froide et stoïque chimère

Qui n'a ni cœur, ni lait, ni sel 1

Du foyer proscrit volontaire, a35

Qu'il cherche en vain sur celte terre

Un père au visage attendri ;

Que tout foyer lui soit de glace,

Et qu'il change à jamais de place

Sans qu'aucun lieu lui jette un cri ! aio

Envieux du champ de famille,

Que, pareil au frelon qui pille

L'humble ruche adossée au mur,

Il maudisse la loi divine

Qui donne un sol à la racine 2'' ■

Pour multiplier le fruit mûri

aa6. Adieux, retours. Allusion aux premiers voyages de la jeunesse do Lamartine.

aaS. Univers : lieu de réunion, patrie commune et unique des ahsenls.

a3i. liéveur du. groupe universel. Allusion aux doctrines couinnini.-itos et internationalistes en vogue ù cette époque (saint-simonisme, fouriérisme, etc.).

La vigne et L\ maison oOi

Que sur l'herbe des cimdlères

11 l'oule, indiCTorent, les pierres

Sans savoir laquelle prier !

Qu'il réponde au nom qui le nomme »So

Sans savoir s'il est né d'un homme

Ou s'il est fils d'un meurtrier !...

Dieul qui révèle aux cœurs mieux qu'à rinlclligcncc I Resserre autour de nous, faits de joie et de pleurs, Ces groupes rétrécis où de ta providence abb

Dans la chaleur du sang nous sentons les chaleurs ;

Où, sous la porte bien close,

La jeune nichée éclose

Des saintetés de l'amour

Passe du lait de la mère . a6o

Au pain savoureux qu'un père

Pétrit des sueurs du jour ;

Où ces beaux fronts de famille,

Penchés sur l'âtre et l'aiguille,

Prolongent leurs soirs pieux : . j65

0 soirs ! ô douces veillées

Dont les images mouiî^'îes

Flottent dans l'eau de nos yeux I

Oui, je vous revois tous, et toutes, âmes mortes !

0 chers essaims groupés aux fenêtres, aux portes ! i-;o

Les bras tendus vers vous, je crois vous ressaisir.

Comme on croit dans les eaux embrasser des visages

Dont le miroir trompeur réfléchit les images,

Mais glace le baiser aux lèvres du désir.

a53. Révèle. Licence, pour révèles. V. XV, 3i-33 (note).

aSy. Sous: à l'abri de. — Pour la rime close, éclose, v. II, aS-aô (note).

Toi qui fis la mémoire, est-ce pour qu'on oublie?... 275

Non, c'est pour rendre au temps à la fin tous ses jours, Pour faire confluer, là-bas, en un seul cours, Le 'passé, l'avenir, ces deux moitiés de vie Dont l'une dit jamais et l'autre dit toujours.

Ce passé, doux Éden dont notre âme est sortie, 380

De notre éternité ne fait-il pas partie ?

Où le temps a cessé tout n'est-il pas présent?

Dans l'immuable sein qui contiendra nos âmes

Ne rejoindrons-nous pas tout ce que nous aimâmes

Au foyer qui n'a plus d'absent ? a85

Toi qui formas ces nids rembourrés de tendresses Où la. nichée humaine est chaude de caresses,

Est-ce pour en faire un cercueil ?

N'as-tu pas, dans un pan de tes globes sans nombre, Une pente au soleil, une A'allée à l'ombre 290

Pour y rebâtir ce doux seuil ?

Non plus grand, non plus beau, mais pareil, mais le même, Où l'instinct serre un cœur contre les cœurs qu'il aime. Où le chaume et la tulle abritent tout l'essaim. Où le père gouverne, où la mère aime et prie, 295

Où dans ses petits-fils l'aïeule est réjouie De voir mulllplier son sein !

Toi, qui permets, ô père! aux pauvres hirondelles De fuir sous d'autres cicux la saison des frimas. N'as-tu donc pas aussi pour tes petits sans ailes 3oo

D'autres toits préparés dans tes divins climats? 0 douce Providence I ô mère de famille Dont l'immense foyer de tant d'enfants fourmille, Et qui les vols pleurer, souriante au milieu. Souviens-toi, cœur du ciel, que la terre est ta fille 3o5

Et que l'homme est parent de Dieu 1

276-279. "Joars, toujours. V. II, 25-2G (note). 282-285. Présent, absent. V. II, i35-i3(i (note).

Pendant que l'âme oubliait l'heure,

Si courte dans cette saison,

L'ombre de la chère demeure

S'allongeait sur le froid gazon ;

Mais de cette ombre sur la mousse

L'impression funèbre et douce

Me consolait d'y pleurer seul :

Il me semblait qu'une main d'ange

De mon berceau prenait un lange '

Pour m'en faire un sacré linceul 1

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