‹ PoésieChapitre 3 sur 274 · VIII LAMARTINE ; ŒUVRES CHOISIES · texte numérisé non relu

VIII LAMARTINE ; ŒUVRES CHOISIES

travaux. La moisson, les joyeuses vendanges, les soirées d'hiver où l'on t'pliiche des noix en contant des histoires, toutes les granik's scùnes de la vie rustique, auxquelles il fut initié dès la plus tendre enfance, firent tout de suite partie de sa vie et de son cœur. Sur ses landes de Combourg, (Ihateauhriand enfant écoute les plaintes de la tempête, éprouve toutes les violentes voluptés que peut donner le spectacle des libres forces de la nature; il ne connaît guère la campagne, encore moins les paysans : plus tard Thomme sera absent de ses mornes et splendides tableaux. L'homme, au contraire, a ec ses besoins et ses souflVances, avec son labeur et ses joies, sera toujours mêlé pour Lamartine au souvenir et à la vision des choses.

Dans la suite, ces souvenirs s'embellirent à ses yeux de leur ressemblance, réelle ou supposée, avec la poésie homérique et biblique. Son père lui apparut sous les traits du bonhomme Laërte ou d'un patriarche hébreu, comptant lui-même ses troupeaux et répandant la bénédiction sur tout ce qui obéissait à sa loi. Et le jour où la mode se fut mise au roman rustique, il ne se lassa pas de revivre, de refaire son propre roman, et de l'amplifier à l'infini. Delà naquirent tant de scènes et de descriptions charmantes, en prose ou en vers, dont le moindre défaut est de n'être pas toujours parfaitement d'accord entre elles. Mais, pour le moment, il a dix ans : sans réflexion, sans efîort, sans artifice, il se livre corps et àme à l'influence pacifiante et fortifiante de la bonne nature. C'est un gros garçon joufflu, l'air un peu naïf et étonné, le nez retroussé, moins idéalement beau que ne le montre le portrait des Confidences, mais robuste et plein de sève. Son intelligence aussi se déploie très sainement, son imagination fleurit déjà, et ses camarades l'appellent « diseur de contes ».

Le père de Lamartine ne semble pas avoir exercé une influence marquée sur sa jeunesse. Lamartine, dans les Confidences, laisse percer le regret de ne l'avoir pas toujours aimé avec assez d'abandon : « Je le crus dur et austère, il n'était que juste et rigide. » Ses devoirs de propriétaire, ses goûts de chasseur l'entraînaient souvent loin de la maison. Les enfants le voyaient à peine.

Leur mère, au contraire, partageait tout de leur vie. Après Alphonse, cinq filles lui étaient nées, Cécile, Eugénie, Césarine, Suzanne et Sophie : gracieuses fées f ènchées sur l'enfance du futur poète, mais que le frère aine rudoyait (pu'lquelbis. Toutes ses pensées allaient à celte jeune couvée; elle leur donnait

Page 1