‹ PoésieChapitre 2 sur 274 · Laniditinc, Mcmoirei inéJils, I, ti · texte numérisé non relu

Laniditinc, Mcmoirei inéJils, I, ti

LNTHODUCIION

armées impériales, pour traverser l'Italie jus(]u'à Rome, Lamartine, traîné [lar des bœufs, entre dans la solitude de Milly. Lui-même nous a dépeint souvent ces lieux où s'écoula son enfance, parfois les embellissant d'un détail pittoresque, d'autres fois, par une recherche singulière, exagérant à plaisir la nudité, l'aridité du sol, comme aussi la sobre simplicité de la maison paternelle. Il y passa d'abord, presque sans interruption, six années (de 1794 à 1800). Ses vacances d'écolier l'y ramenèrent toujours, il y revint régulièrement après chacun de ses voyages de jeunesse, et Milly fut l'un des rares points fixes de sa vie d'homme si flottante et si agitée.

Le village de Milly est situé à quatorze kilomètres de Mâcon, dans la direction de Cluny. Qu'on imagine une vingtaine de maisons aux toits rouges, blanchies à la chaux, groupées autour d'un clocher de pierres grisâtres. Comme cultures, la vigne, le trèfle, la luzerne, de médiocres champs de fèves et de pommes de terre, séparés par des sentiers caillouteux. Deux collines, baptisées montagnes, le Monsard et le Craz, s'élèvent de part et d'autre du village. De leur sommet, la vue s'étend, l'horizon s'élargit, des hameaux apparaissent dans la plaine, puis la Saône et ses brouillards et, au loin, les grandes montagnes, le Jura et les Alpes, qu'on devine. C'est en somme l'aspect de la Bourgogne moyenne, pays pauvre et assez plat, où les coteaux, coupés d'étroits vallons, mettent pourtant quelque variété. Mais il y a, pour un artiste et pour un enfant, de quoi voir et de quoi aimer dans le plus humble paysage, et rien ne remplace pour qui ne l'a pas subie cette enveloppante influence d'une nature familière, si simple, si monotone soit-elle. George Sand se forma devant les plaines beri'ichones. moins expressives encore. Les sites éclatants ou grandioses de l'Italie, des Alpes, de l'Orient, parleront à Lamartine un autre langage, révéleront d'autres mondes à son imagination; mais son enfance bourguignonne lui avait d'abord cîonné le sens profond de cette vie calme, riche, patiente, éternelle de la nature, qui, sous la diversité pittoresque des aspects et des climats, est partout et toujours la même.

Très modeste, en comparaison des demeures seigneuriales de Montceau et de Montculot, résidences de ses frères, l'habitation du chevalier de Lamartine était une vaste et vieille maison de campagne, un peu délabrée, confortable pourtant, tout entourée de dépendances où logeait le peuple des vignerons. Le jeune Alphonse et ses sœurs couraient et jouaient avec les enfants du village, partageaient leurs plaisirs çt leurs

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