L LAMARTINE : ŒUVRES CHOISIES
L'abbé Dumonl, curé dun village voisin de Milly*, l'émigté Anloir, avec qui Lamartine entra enrelalionsù Florence et qm faisait tousles étésune reirai te à l'abbaye de Vallombreuse, au sommet des Apennins^, ont fourni les principaux traits du personnage de Jocclyn, prêtre malgré lui, fuyant l'orage révolutionnaire sur les cimes inaccessibles du Daupliiné. Peut-être aussi la gracieuse Cau)illa, qu'il avait rencontrée travestie e« homme dans son premier voyage en Italie^, fut-elle pour quelque chose dans le déguisement romanesque de Laurence. Lamartine n'a pas l'iuiaginalion dramatique : il invente peu et se contente presque toujours de déformer, assez gauchement, des circonstances vraies. Il fut sans doute bien aise de trouver toute faite, selon une expression qu'on lui prête, « la petite histoire » qui devait former la trame de son jioème; il en utilisa les données, sans se demander si les aventures et le caractère de son héros cadraient ensemble, sans se rendre compte de l'elfet que le maïupie de convenance ou de vraisemblance pouvait produire.
Ce (pii fra])pe, en elTet, et, pour tout dire, ce qui gêne, dans Jocelyn, c'est le contraste entre la violente singularité do l'action et la sim|)licilé profonde des sentiments. Considéré da point de vue de l'intrigue, c'est un roman bizarre, invraisemblable, à peine justitié parles temps exceptionnellement tragiques où Lamartine l'a placé. La longue solitude de Jocelyn, toute l'histoire de Laurence, et surtout la scène de la prison, Jocelyn ordonné prêtre conti'e son gré et sacrifiant son amour à un devoir douteux, pas un épisode qui n'appelle les objections. Elles s'élevèrent en foule : Lamartine, qui ne les avait