‹ PoésieChapitre 49 sur 274 · Je suis. Au sens fort : j "exi)-le · texte numérisé non relu

Je suis. Au sens fort : j "exi)-le

172. Ton ombre : le soleil, autour du(juel gravitent les autres astres, et que le poète considère souvent comme une sorte d'image réduite et svmiioliquo dd la splendeur et de la majesté divines. — Comparez le uiot allribuo par Lamartine à Mirabeau mourant : « Il lit rouler son lit près de la fenêtre, et dit à son iecrétaire Frochot, en lui montrant le soleil dans toute la splendeur d'un jour d« printemps : « Si ce n'est pas là Dieu, c'est à coup sur son oiubre 1 j> (Histoire des ConslUaants , XVIII, ivni).

l'jr. D'esciaves: de satellites.

i85. D'an égal amour: avec un c;?al amour.

LIIOMME 13

Je ressemble, Seigneur, au yloLe de la nuil,

Oui, dans la roule obscure où ton doi^l le conduit, 190

Kctlccliit d'un rôle les clartés éternelles,

Va de l'autre est plongé dans les ombres mortelles.

L'homme est le point fatal où les deux inlinis

par la toute-puissance ont été réunis.

A. tout autre degré, moins malheureux peut-t'Ire, 195

J'eusse été Mais je suis ce que je devais être;

J'adore sans la voir la suprême raison :

Gloire à toi qui m'as fait ! ce que tu fais est !)on.

Cependant, accablé s'ous le poids de ma chaîne.

Du néant au tombeau l'adversité m'entraîne ; aoo

Je marche dans la nuit par un chemin mauvais,

Ignorant d'où je viens, incertain où je vais.

Et je rappelle en vain ma jeunesse écoulée.

Comme l'eau du torrent dans sa source troublée.

Gloire à toi ! le malheur en naissant m'a choisi ; aoî.

Comme un jouet vivant, ta droite m'a saisi ;

J'ai mangé dans les pleurs le pain de ma misère.

Et tu m'as abreuvé des eaux de ta colère.

Gloire à loi ! J'ai crié, tu n'as pas répondu ;

J'ai jeté sur la terre un regard confondu ; a 10

J'ai cherché dans le ciel le jour de ta justice ;

Il s'est levé. Seigneur, et c'est pour mon supplice.

190. Où Ion doigl le conduit. Cf. 170 : où ton doigt me conduit. Il y a dans tout ce morceau beaucoup de répétitions et de négligences ; celle-ci est une des plus notables.

igS. Fatal : marqué par le destin, c'est-à-dire ici par la Providence. — Les deux injinis : l'infini en grandeur et l'infini en petitesse. On reconn.iU la doctrine de Pascal, d'après qui 1 homme est placé dans l'univers à égale distance entre ces deux extrêmes : « Car enfin qu'est-ce que l'homme dans la nature ? Un néant à l'égard de l'infini (entendez : de l'infiniuicnt grand), un tout à l'égard du néant, un milieu entre rien et tout. » (^Pensées, éd. Brunschwicg, p. 35o).

200. L'adversité. Tout ce passage, où Lamartine se donne comme la victime d'un sort implacable, sonne faux. De telles plaintes peuvent être sincères chez un Byron, chez un Chateaubriand ; mais comment Lamartine peut-il dire que le malheur l'a « choibi » dès sa naissance? 11 ne faut voir dans tout ceci qu'une pure amplificatioa littéraire : le poète n'a vraiment pas tort de dire qu'il était « ivre » de byronisme.

ao3-2o4. Le sens est net : je cherche en vain à faire revenir ma jeunesse en arrière, comme je chercherais en vain a faire remonter l'eau d'un torrent vers sa source. Mais l'expression est assez confuse.

208. Des eaux de ta colère. Image biblique. Cf. Job, XXI, 20 : « Qu'il (le méchant) boive la colère du Tout-Puissant. »

Gloire à loi ! L'innocence est coupable à tes veux :

Un seul èlre, du moins, me restait sous les cieux ;

Toi-même de nos jours avais mêlé la trame,

Sa vie était ma vie, et son âme mon âme ;

Coiqme un fruit encor vert du rameau détaché,

.le l'ai vu de mon sein avant l'âge arraché !

r,i< coup, que tu voulais me rendre plus terrible,

La frappa lentement ])Our m'élre plus sensible :

J)aiis SCS traits expirants, où je lisais mon sort.

J'ai \u lutter ensemble et l'amour et la mort ;

J';ii \u dans ses regards la flamme de la vie,

Sous la main du trépas par degrés assoupie.

Se ranimer encore au souflle de l'amour.

Je disais cbafjue jour : « Soleil, encore un jour ! »

Semblable au criminel qui, plongé dans les ombres,

Et descendu vivant dans les demeures sombres,

Près du dernier flambeau qui doive l'éclairer,

Se penche sur sa lampe et la voit expirer,

Je voulais retenir l'âme qui s'évapore ;

Dans son dernier regard je la cherchais encore 1

Ce soupir, à mon Dieu ! dans ton sein s'exhala ;

Hors du monde avec lui mon espoir s'envola !

Pardonne au désespoir un moment de blasplii'iiie,

J'osai Je me repens : (îloire au maître suprême I

Il tit l'eau pour couler, l'aquilon pour courir, Les soleils pour brider, et l'homme pour souffrir !

One j'ai bien accompli celte loi de mon être ! La nature insensible obéit sans connaître ;

ai 3. L'innocence est coufiabL'. En raison «lu péclié nrii^inel.

■jtti. Un seul èlre: Ehite. V. Introdiiclioii, p. xvii-xix. — Ce souvenir

k|)ire enfin au poète quelques vers d'une ciuolion réelle el profonde.

aao. /.<i. Remarquer le [)assagc du niaseuliti au l'éniiiiin.

aaç). Fldinlii'ita. Méta|)liniique : soleil, jour.

•j'.'n. S'èi'njjore. V. XI, 2o (note).

■j'.ii. I>(ins son t/tT/iit-r rdyo/v/. ],ainarline n'avait pas assisté aux derniers rnornenl-s d'Elvire; il y avait même, lorsqu'elle mourut, six mois qu'ils no s'étaient revus. Nous retrouvons ici un éi-lio de la légende du Cracijix;v. l'argument et lis notes de eelle pièce (ci-dessous, XVI).

■j'i-]. L'aquilon. V. I, 52 (note). aV' et buiv. Même opposition entre 1 liouimo iiilcllijjenl cl la nature Liuta

LIKJM.ME • IS

^loi seul le découvrant sous la nécessité, ['hninole avec amour ma propre volonté ; lloi seul je t'obéis avec intelligence ; loi senl je me complais dans cette obéissance ; Jp jouis de remplir en tout temps, en tout licvi, j/i5

fia loi de ma nature et l'ordre de mon Dieu ; j'adore en mes destins ta sagesse siiprême, .lainie la volonté dans mes supplices même. Gloire à loi ! gloire à toi ! Frappe, anéantis-moi ! Tu n'entendras qu'un cri : « Gloire à jamais à toi ! » 2f>o

Ainsi ma voix monta vers la voùlc céleste :

Je rendis "loirc au ciel, et le ciel lit le reste. i Mais silence, ô ma lyre ! Et toi, f[ui dans tes mains 5^ Tiens le cœur palpitant des sensibles bumains, ( Byron, viens en tirer des torrcnis d'harmonie : 2^:^

C'est pour la vérité que Dieu fit le génie.

Jette un cri vers le ciel, ô chantre des enfers !

Le ci.cl même aux danmés enviera les concerts.

Peut-être qu'à ta voix, de la vivante flamme

Un ravon descendra dans l'ombre de ton àmc ; jfîn

Peut-être que ton C(eur, ému de saints transports,

S'apaisera soi-même à tes propres accords,

Et qu'un éclair d'en haut perçant ta nuit profonde.

Tu verseras sur nous la clarté qui t'inonde.

Ah ! si jamais ton luth, amolli p;ir tes pleurs, jOâ

Soupirait sous tes doigts l'hymne do tes douleurs,

que dans le passage célèbre de Pascal ÇPensres, éd. Bninsclmirg, p. 438): « Quand l'univers l'écraserait, l'honimo serait encore plus noble que ce qu le tue, parce qu'il sait qu'il meurt, et l'avantage que I Univers a sur lui ; l'univers non sait rien. Toute notre dij^nité consiste donc en la pensée, n

5Ô5. Fii le rcsle : acheva de me ramener a lui, par la grâce.

a5D. Entendez: prends la lyre à ma place, tu chanteras micu.\ que moi les mêmes vérités.

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