LE LAC 3S
Un soir, t'en souvicnt-il? nous voguions en silence; On n'entendait <iu loin, sur l'onde et sous les cieux, Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence i5
Tes flots harmonieux.
Tout à coup dos accents inconnus à la terre ''
Du rivage charmé frappèrent les échos,
Le flot lut attentif, et la voix qui m'est chère
Laissa tomber ces mots : ac
« 0 temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices,
Suspendez votre cours !
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !
« Assez de malheureux ici-bas vous imploi'ent : a5
Coulez, coulez pour eux ; Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux.
« Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m'échappe et fuit; 3o
Je dis à cette nuit : « Sois plus lente » ; et l'aurore Va dissiper la nuit.
« Aimons donc, aimons donc! de l'heure fui;itive,
Hàtons-nous, jouissons !
L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive; 35
Il coule, et nous passons! »
2 I . On trouvé une première et lointaine esquisse de ces vers dans une poésie écrite par Lamartine en i8i4 (Correspondance, t. I", p. 234) :
Coulez, jours fortunés, coulez plus lentement, Pressez moins votre course, heures délicieuses, Laissez-moi savourer ce bonheur d'un moment. 11 est si peu d'heures heureuses !...
25. Vons implorent: vous souhaitent, vous désirent ardemment. Lamartina eirploie très souvent le verbe implorer avec ce sens et cette constructi(m. Cf. ill, 3o; VIII, 97; XII, 37; XIV, 23 ; XV, i4 ; XXVII, 86 ; XXXVI, t8, 273. De même, le verbe pleurer: XXXVI, 24a ; XLIV, 318.