INTRODUCTION XIII
laise, universel parmi la jeune noblesse, fut une des causes essentielles du « mal du siècle ». Vigny, qui l'éprouva dans toute sa force, ne s'en délivra jamais complètement; à Lamartine fl fallut vingt-cinq ans pour se réconcilier avec la société moderne.
De septembre 1807 à juin 48-11, sauf de courtes visites dans ris('re,à Bienassis,chezson ami Guichard, des courses avec des camarades et un séjour de quelques mois à Lyon (1810), Lamartine ne sort pas de chez lui. 11 habite l'été Milly, Saint- Point, ou Montoulot: l'hiver, Mâcon. C'est de cette époque que datent les premières lettres publiées dans sa Correspondance, adressées à ses amis. Elles sont amusantes, ces lettres d'un grand garçon de dix-huit ans, réservées, sages de ton et de style jusque dans l'expression de ses ennuis les plus vifs, d'un enjouement de bonne compagnie, et tout assaisonnées de citations latines, comme il convient à un rhétoricien qui ne s'émancipe encore que dans de timides madrigau.x. On voudrait y voir se dessiner plus nettement les traits de sa physionomie intellectuelle et morale : elle reste vague et comme voilée ; peut-être ne se connalt-il pas lui-même. Le principal intérêt de celte première partie de la Correspondance est de nous renseigner exactement sur ses lectures. On peut dire que Lamartine n'a bien lu, et même n'a lu, que pendant sa jeunesse; il parait avoir éprouvé, en avançant en âge, une difficulté croissante à se plier à la pensée dautrui : un livre n'est plus alors pour lui qu'un prétexte à imaginer ou à se souvenir, qu'un stimulant intellectuel. Mais à dix-huit ans toute trace de la discipline scolaire n'est pas encore effacée en lui, il sait s'appliquer, et lit avec soin. D'abord les poètes latins, Horace surtout, que ses maîtres lui avaient appris à goûter, et à qui il ne dédaignera pas de faire des emprunts jusque dans les Méditations. Puis les classiques du xvn"-' et du xvine siècle, en particulier le théâtre et les épilres de Voltaire. Comme il n'avait pas appris le grec à Belley, il s'y met et découvre Homère, un peu plus tard Hésiode. Tout cela est d'un bon écolier. Mais d'autres écrivains ne tardent pas à lui révéler l'âme de son époque, en lui ouvrant le monde de la passion. 11 apprend l'anglais et lit Ossian, Young, à côté de Shakespeare, de Pope, de Richardson et d'Addison. Il apprend l'italien et lit Pétrarque, sans se douter qu'il vient de rencontrer l'un des initiateurs de sa future philosophie poétique. 11 lit les Confessions, dévorées en cachette durant un séjour chez Guichard, la brûlante Héloïse, Werther. Ce sont là les roman-