XII LAMARTINE : ŒUVRES CHOISIES
est absolument inséparable du nom cl de l'influence de Vii-ieu. il est regrellable que celui-ci nous soit si peu et si mal connu.
Entf-e le moment où Lamartine adolescent sort du collège (septembre 1807) et celui où il entre dans la vie active s'écoulenl de longues années confusément remplies par le travail, les voyages, les aventures senlimenlales, avec dos allernalives de foi en lui-même et de découragement profond ; années très importantes pour la formation de son génie, mais où Ihisloire de ce génie naissant est souvent obscure et difUcile à suivre. Exception faite pour le voyage d"Orienl (483-2), d'où il rapportera de nouvelles vues philosoi)hi(iues et surtout une esthétique nouvelle, on peut dire que Lamartine amasse entre 4807 # et 48"20 les sentiments, les souvenir.->, les idées qui nourriront toute sa poésie à venir. De là l'intérêt capital de cette période préliminaire: vide d'œuvres, ou du moins d'œuvres qui nous soient parvenues, elle est pleine d'expériences et de pensées, parmi lesquelles il nousfautessayerde démêler les principales. L'éducation de Lamartine ne le préparait guère à être un homme de son temps. Tandis qu'un Vigny, élevé à Paris, a profondément et ardemment vécu toute la vie de son époque, voyant « la gueire debout dans le lycée ' », Lamartine, au fond de son collège de province, est resté séparé du monde, livré à la douce influence, un peu assoupissante, de ses maîtres: à dix-sept ans c'est encore un enfant, sans contact avec ses contemporains. Les convictions ou les préjugés de sa famille contribuent à prolonger en lui l'enfance : ses oncles et ses parents sont d'accord pour lui défendre de servir Bonaparte. L'oisiveté provinciale, les insipides occupations du gentilhomme campagnard, tel est l'avenir qui s'offre à lui. IMus tard, rendu clairvoyant par l'expérience, il signalera avec beaucoup de force à N'iricu le vice fondamental de leur commune éducation : entre la France impéiiale, démocratique et matérialiste, et l'éducation royaliste et spirilualiste que recevaient alors tous les jeunes nobles, le désaccord était complet. Aussi se heurtaient-ils de toutes parts à l'iuipossibilité de vivre. Ue là, pour des âmes jeunes, débordantes d'enthousiasme et possédées du désir d'agir, un trouble très profond, parfois inguérissable. Les caractères les plus fermes pouvaient en lester marqués à jamais, et l'on sait que ce ma