‹ PoésieChapitre 70 sur 274 · Guidant. V. IV, 18 (note · texte numérisé non relu

Guidant. V. IV, 18 (note

79-81. Seul... enveloppé. Sur la construction, v. IV, 129 (note). 97- Que j'implore. V. VU, 23 (note).

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Lamartine était depuis peu en relations avec l'abbé de Lamennais, dont le premier volume de VEssai sur V Indifférence en matière de relifyJon(i8i7) l'avait onlliousiasmé, lorsqu'il lui adressa ces vers. Il les composa au covirs d'un voyage qu'il fit à cheval entre Paris et Dijon, dans les premiers jours de mai 1819. — Comme la méditation sur l'Homme (ci-dessus, II), à laquelle elle fait en quelque sorte pendant, la méditation sur Dieu se rattache au genre didactique ; elle contient peut-être les plus beaux vers par lesquels on ait tenté de définir et de dépeindre la toute-puissance divine. Il est rare que la poésie philosophique soit soutenue par une inspiration aussi ardente.

A M. l'abbé F. DE Lamennais.

Oui, mon âme se plaît à secouer ses chaînes :

Déposant le fardeau des misères humaines,

Laissant errer mes sens dans ce monde des corps,

Au monde des esprits je monte sans efforts.

Là, foulant à mes pieds cet univers visible, 5

Je plane en liberté dans les champs du possible.

Mon âme est à l'étroit dans sa vaste prison :

Il me faut un séjour qui n'ait pas d'horizon.

Comme une goutte d'eau dans l'Océan versée,

L'infini dans son sein absorbe ma pensée ; 10

Là, reine de l'espace et de l'éternité.

Elle ose mesurer le temps, l'immensité,

Aborder le néant, parcourir l'existence,

Et concevoir de Dieu l'inconcevable essence.

Mais sitôt que je veux peindre ce que je sens, i5

Toute parole expire en efforts impuissants ;

Mon âme croit parler, ma langue embarrassée

Frappe l'air de vingt sons, ombre de ma pensée.

6. Du possible. Cf. II, g5-r)6, même opposition du « possible » au réel.

7. Sa vaste prison. La « prison » de l'àme est généralement le corps ; ici c'est le monde sensible tout entier.

Dieu fil pour les esprits deux langages divers :

En sons articulés l'un vole dans les airs ; ao

Ce langage borné s'apprend parmi les hommes ;

Il quintaux besoins de l'exil où nous sommes,

Et, suivant des mortels les deslins inconslanls,

Cliange avec les climats ou passe avec les temps.

L'autre, éternel, sublime, universel, immense, 20

Est le langage inné de toute intelligence :

Ce n'est point un son mort dans les airs répandu,

C'est un verbe vivant dans le cœur entendu ;

On l'entend, on l'explique, on le parle avec l'àme ;

Ce langage senti touche, illumine, entlamme : 3o

De ce que l'àme éprouve interprètes brûlants,

Il n'a que des soupirs, des ardeurs, des élans ;

C'est la langue du ciel que parle la prière.

Et que le tendre amour parle seul sur la terre.

Aux pures régions où j'aime à m'envolor, 35

L'enthousiasme aussi vient me la révéler ;

Lui seul est mon llambeau dans cette nuit profonde,

Et mieux que la raison il m'explique le monde.

Viens donc ! il est mon guide, et je veux t'en servir.

A ses ailes de feu, viens, laisse-toi ravir ! io

Déjà l'ombre du monde à nos regards s'elïacc :

Nous échappons au temps, nous franchissons l'espace ;

Et, dans l'ordre éternel de la réalité.

Nous voilà face à face avec la vérité !

Cet astre universel, sans déclin, sans aurore,

C'est Dieu, c'est ce grand tout, qui soi-même s'adore 1

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