‹ PoésieChapitre 73 sur 274 · La manne. V. Excde, XVL · texte numérisé non relu

La manne. V. Excde, XVL

46 MEDITATIONS POltTIQUES

Et pour les retrouver il nous faut, dans son cours,

Remonter flots à flots le long fleuve des jours.

]\ature.vJirmament ! l'œil en vain vous contemple :

lîélas ! sans voir le Dicu^, J'homme admire le temple }

11 voit, il suit en vain, dans les déserts des deux, lao

De leurs mille soleils le cours mystérieux ;

Il ne reconnaît plus la main qui les dirige :

Un prodige éternel cesse d'être un prodige.

Comme ils brillaient hier, ils brilleront demain !

Qui sait où commença leur glorieux chemin? i4o

Qui sait si ce flambeau, qui luit et qui féconde,

Une première fois s'est levé sur le monde?

Nos pères n'ont point vu briller son premier tour,

Et les jours éternels n'ont point de premier jour.

Sur le monde moral en vain ta providence i45

Dans ces grands changements révèle ta présence.

C'est en vain qu'en tes jeux l'empire des humains

Passe d'un sceptre à l'autre, errant de mains en mains ;

Nos yeux, accoutumes à sa vicissitude,

Se sont fait de la gloire une froide habitude : i5o

Les siècles ont tant vu de ces grands coups du sort I

Le spectacle est usé, l'homme engourdi s'endort.

Réveille-nous, grand Dieu! parle, et change le monde ;

Fais entendre au néant ta parole féconde :

Il est temps ! lève-toi ! sors de ce long repos; i^5,

ïire un autre univers de cet autre chaos.

A nos veux assoupis il faut d'autres speclacles ;

A nos esprits flottants il faut d'autres miracles.

i35. Les déserts des eienx. V. I, 3'( (note).

i/Ji. Ce flambeau. Cf. La Foi (^Médilalions, XXI) :

Salut, sacré flaml.-oau qui nourris la nature, Soleil, premier amour de toute créaliire !

i^iQ. Vicissitude. L'euiploi de ce mot au singulier peut être consiilérè comme un archaïsme. Cf. Racine, Plaideurs, a. III, se. lu ;

L'inconstance du monde et sa vicissiludo.

ij'). Ta parole frcond-. Cf. ^I, i.

Page 1