L'AME EST IMMORTELLE SS
Semblable au pur encens que la prêtresse enflamme,
Affranchie à jamais du vil poids de son corps,
Va s'envoler aux dieux, et, dans de saints transports,
Saluant ce jour pur, qu'elle entrevit peut-être, 5
Chercher la vérité, la voir et la connaître !
Pourquoi donc vivons-nous, si ce n'est pour mourir?
Pourquoi pour la justice ai-je aimé de souffrir?
Pourquoi dans cette mort qu'on appelle la vie,
Contre ses vils penchants luttant, quoique asservie, «o
Mon âme avec mes sens a-t-elle combattu ?
Sans la mort, mes amis, que serait la vertu?...
C'est le prix du combat, la céleste couronne
Qu'aux bornes de la course un saint juge nous donne ;
La voix de Jupiter qui nous appelle à lui ! i5
Amis, bénissons-la ! Je l'entends aujourd'hui :
Je pouvais, de mes jours disputant quelque reste.
Me faire répéter deux fois l'ordre céleste ;
Me préservent les dieux d'en prolonger le cours !
En esclave attentif, ils m'appellent, j'y cours ! ao
Et vous, si vous m'aimez, comme aux plus belles fêtes,
Amis, faites couler des parfums sur vos têtes.
Suspendez une offrande aux murs de la prison.
Et, le front couronné d'un verdoyant feston.
Ainsi qu'un jeune époux qu'une foule empressée, a5
Semant de chastes fleurs le seuil du gynécée.
Vers le lit nuptial conduit après le bain.
Dans les bras de la mort menez-moi par la main!.., "
4. Aux dieux. Cet emploi de à pour indiquer la direction est fréquent chez Lamartine.
5. Ce jour pur : le jour de la vérité, que j'ai peut-être entrevu pendant ma vie.