Pavillons : tentes
LES PRIÎLUDES
Le boulet dans les rangs laisse une large liace. Ainsi (ju'un laboureur qui passe et qui repasse, Kl, sans se reposer dt'ciruant le vallon, A côté (lu sillon creuse un autre sillon : Ainsi le Irait ialal dans les rangs se pronit-ne, Kt comme des épis les couclie dans la plaine. Ici tombe un héros moissonné dans sa fleur, Superbe et l'œil brillant d'orgueil et de. valeur. Sur son casque ondulant, d'où jaillit la lumit're, KIotle d'un noir coursier ondoyante crinière : (^e casque éblouissant sert de but au trépas; Par la foudre frappé d'un coup qu'il ne sent pas, Connue un faisceau d'acier il tombe sur l'arène ; Son coursier bondissant, qui sent flotter la rêne, Lance un regard oblique à son maître expirant, Revient, penche sa tète et le flaire en pleurant. Là tombe un vieux guerrier qui, né dans les alarmes, Eut les camps pour patrie, et pour amour ses armes. Il ne regrette rien que ses chers étendards, Et les suit, en mourant, de ses derniers regards.... La mort vole au hasard dans l'horrible carrière : L'un périt tout entier ; l'autre, sur la poussière. Comme un tronc dont la hache a coupé les rameaux, De ses membres épars voit voler les lambeaux. Et, se traînant encor sur la terre humectée. Marque en ruisseaux de sang sa trace ensanglantée. Le blessé que la mort n"a Irappé cju'à demi Fuit en vain, emporté dans les bras d'un ami : Sur le sein l'un de l'autre ils sont frappés ensemble. Et bénissent du moins le coup qui les rassemble. Mais de la foudre en vain les livides éclats Pleuvent sur les deux camps : d'intrépides soldats, Gomme la mer qu'entr'ouvre une proue écumante Se referme soudain sur sa trace fumante,
187. Le Irailfatal. Expression toute faite, qui s'applique assez iiuparfailoment aux boulets de canon.
ïii-aiî. EntembU, rastemblt, V. II, i35-i36 (note).
re NOUVELLES Mr:niTATIONS POfiTFOUES
Sur les rangs écrasés formant de nouveaux rangs,
\ ienncnl braver la mort sur les corps des mourants!...
Cependant, las d'attendre un trépas sans vengeance,
Les deux camps, animés d'une même vaillance, •^-■
Se heurtent, et, du choc ouvrant leurs balaillons,
Mêlent en tournoyant leurs sanglants tourhilions.
Sous le poids des coursiers les escadrons s'entrouvrent,
D'une voûte d'airain les rangs pressés se couvrent,
Les feux croisent les feux, le fer frappe le fer, 3;5
Les rangs entre-choqués lancent un seul éclair :
Le salpêtre, au milieu des torrents de fumée,
lîrille et court en grondant sur la ligne enllamméc,
Ll, d'un nuage épais enveloppant leur sort.
Cache encore à nos yeux la victoire ou la mort. ï'o
Ainsi cjuand deux torrents, dans deux gorges profondes
De deux monts opposés précipitant leurs ondes,
Dans le lit trop étroit qu'ils vont se disputer
Viennent au même instant tomber cl se heurter,
Le Ilot choque le Ilot, les vagues courroucées, a3S
Rejaillissant au loin par les vagues poussées.
Dune poussière humide obscurcissent les airs,
Du fracas de leur chute ébranlent les déserts.
Et portant leur fureur au lit qui les rassemble.
Tout en s'y combattant leurs Ilots roulent ensemble. a/io
Mais la foudre se tait. Ecoutez !... Des concerts De celle plaine en deuil s'élèvent dans les airs : La harpe, le clairon, la joyeuse cymbale. Mêlant leurs voix d'airain, moulent par intervalle.
219. Sans vengeance: qu'on ne peut venger sur son auteur, pui'qu on combat (le loin et à coups de cauon.
■2i'i. Voûte d'airain. Cf. Dernier clianl du pclerinatje d'IlaroU, WVIl :
Dans des sillons de feu, sous des voûtes d'acier.
aa8. Im ligne: la trajectoire.
a 29. Leur se ra[)porte aux mngs.
a 38. DiserU. V. I, 3/i (note).
aSg-a^o. Hassemblc. ensemble. V. II, i35-i3G (noli').
a/i4. Intervalle. Au singulier pour la rime. Ci'. I\, G/l (note).
LES PRI^r.UDES 77
S'('Ioigncnl par degrés, et sur l'aile des vents i!i^
Nous jettent leurs accords et les cris des mourants!...
De leurs brillants éclats les coteaux rclentissent ;
Le cœur glacé s'arrête, et tous les sens frémissent,
Et dans les airs pesants, que le son vient froisser,
On dirait qu'on entend l'ùme des morts passer I 3*.o
Tout à coup le soleil, dissipant le nuage,
Éclaire avec horreur la scène du carnage;
Et son pâle rayon, sur la terre glissant.
Découvre à nos regards de longs ruisseaux de sang,
Des coursiers et des chars brisés dans la carrière, a[.5
Des membres mutilés épars sur la poussière,
Les débris confondus des armes et des corps,
Et les drapeaux jetés sur des monceaux de morts.
Accourez maintenant, amis, épouses, mères!
Venez compter vos llls, vos amants et vos frères ; aCo
Venez sur ces débris disputer aux vautours
L'espoir de vos vieux ans, le fruit de vos amours...
Que de larmes sans lin sur eux vont se répandre !
Dans vos cités en deuil cpie de cris vont s'entendre,
Avant qu'avec douleur la terre ait reproduit, a(.i:i
■Misérables mortels, ce qu'un jour a détruit !
Mais au sort des humains la nature insensible
Sur leurs débris épars suivra son cours paisible :
Demain, la douce aurore, en se levant sur eux.
Dans leur acier sanglant réfléchira ses feux ; a^o
Le fleuve lavera sa rive ensanglantée,
Les vents balayeront leur poussière infectée,
Et le sol, engraissé de leurs restes fumants,
Cachera sous des fleurs leurs pâles ossements!
245. L'aile dfs venlx. Cf. VIII, 3i et l.i note. a46. El tes cris: avec los cris, mêlés .iiix riis.
a55. Carrière : champ de bataille, comme au v. 2o3. Ici, « coursiers n el tt cbars » amènent assez naturellement « carrière ».
Silence, Esprit de feu ! Mon âme épouvantée »-/>
Suit le rrémissement de la corde irritée,
Et court en fi'issonnanl sur les pas belliqueux,
C^mnie un char cniporlé par des coursiers fougueux;
Mais mon œil, allrislé de ces sombres images.
Se détourne en [)leurant vers de plus doux rivages. a**'
]N'as-tu point sur la lyre un chant consolateur?
IN 'as-tu pas entendu la ilùte du pasteur,
Quand seul, assis en paix sous le pampre qui plie,
11 charme par ses airs les heures qu'iloublie,
El que l'écho des bois, ou le lleuve en coulant, aSâ
Porte de saule en saule un son plaintiC et lent ?
Souvent pour l'écouter, le soir, sur la colline,
Du côté de ses chants mon oreille s'incline;
Mon cœur, par un soupir soulagé de son poids,
Dans un monde étranger se perd avec la voix ; ay.
El je sens par moments, sur mon âme calmée.
Passer avec le son une brise embaumée.
Plus douce qu'à mes sens l'ombre des arbrisseaux,
Ou que l'air rafraîchi qui sort du lit des eaux.
Un vent caresse ma lyre : ays
Est-ce l'aile d'un oiseau ?
Sa voix dans le cœur expire, El l'humble corde soupire Comme un llexible roseau.