‹ PoésieChapitre 16 sur 99 · LA RANÇON · texte numérisé non relu

LA RANÇON

Ton sourire est plus beau que les roses fleuries^ Il est mieux odorant que les menthes des prés ; Et le cliquetis clair de tes rires pourprés Effarouche Tessaim des lourdes rêveries.

Le cher bruit de ta robe et de ton pas léger^ Qui pense me surprendre et que de loin j'écoute, Est la musique où mon âme se mêle toute ; Te voir, c'est comme si je sortais de danger.

Soirs moroses 6i

Je te bénis d'avoir à mon destin sévère

Greffé Tespoir joyeux du rajeunissement.

Sur mon front ténébreux^ tu luis, astre charmant;

Dans mon cœur hivernal, tu fleuris, primevère.

Pourtant je suis mauvais parfois, et je te fuis (Je sais bien que j'ai tort et que c'est détestable î) Pour aller, dès le jour, m'accouder à la table Où, morne, m'apparaît le travail de mes nuits.

Là gît le tas confus des vieilles écritures, Romans, odes, babelsque mon rêve étagea. Monuments pas encore et ruines déjà.

Vaines gestations, splendeurs toujours futures !

Là^ j'écris, Poeil fiévreux. Tu songes : Souffre-t-il ? Et tu viens tout à coup, jeune comme Taurore Et le printemps, me dire : « Il n est pas l'heure encore « De travailler; attends l'hiver; je suis Avril.

« Sais-tu combien de fleurs, à l'aube, sontécloses « Dans le bois qu une tiède ondée a rajeuni ? « Le merle chante; plus de livres; c'est fini ; « Si tu veux que je t'aime, il faut aimer les roses. »

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Mais moi, comme à Tenfant qui joue et parle haut, « Laisse-moi! » dis-je, étant en proie à la pensée. Oh ! j ai tort ! oh ! tu dois être bien offensée! Pardon ! mais si je fais ainsi, c'est qu'il le faut.

Ma besogne, rançon consentie, est ardue. D'autant plus que je sens mon cœur débilité Par un sort qu un esprit très-méchant m'a jeté; Et l'heure est incertaine où l'œuvre sera due.

L affreux souffle de deux noirs chevaux haletants Rompra ma porte avec des clameurs de tempête. Et j'entendrai ces mots : « Ame oisive, es-tu prête ? » Oh! la rançon! j ai peur de n'avoir pas le temps.

Soirs moroses 63

XÏV

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