CONSEIL
Reste morne. Dérobe-leur L'ivresse où ton âme se noie, Et sache imposer à ta joie La gravité de la douleur.
Que ton rêve, lent, se balance, Doux et lent comme un encensoir, Parmi la profondeur du soir Mélancolique et du silence.
Soirs moroses
Que sans désirs et sans effrois Tes grands yeux où rien ne s'étonne Soient semblables aux jours d'automne Profonds, placides^ ternes, froids;
Et déplore les courtes fièvres Des amants ivres de chansons Qu'Avril revoit par les buissons, La flamme aux yeux, le rire aux lèvres ;
Car lombre est le cachot prudent Du bonheur si vite infidèle, Et le rire, c'est le bruit d'aile Que fait la joie en s'évadant!
Soirs moroses 65