‹ PoésieChapitre 62 sur 99 · ARIANE · texte numérisé non relu

ARIANE

Azur, neige, cinabre !

Splendeur et pur dessin

Du sein Dont la pointe se cabre !

Fureurs de l'astre! essor Rouge dans la nuit noire!

O gloire Des chevelures d'or!

202 Les premiers vers

Aube immense des pôles!

Baiser torrentiel

Du ciel Sur les belles épaules !

Vague dispersion Des célestes fumées

Pâmées Dans les bras d'Ixion !

Candeur des citronnelles !

Mânes des lys défunts !

Parfums Des lampes éternelles!

Rhythme pompeux du vers !

Blanches apothéoses

Des choses Dans les soleils ouverts !

Déchirement des voiles.

Et tout ce que Forgueil

De l'œil Cherche dans les étoiles,

Philoméla 263

Les Dieux Tont amassé Dans les bras d'Ariane,

Liane Où je suis enlacé!

Ariane, farouche Habitante des bois,

Je bois Les baumes de ta bouche !

C'est toi qui me conduis A travers l'épouvante

Vivante Des forêts et des nuits !

Les bêtes, dans nos courses, Te suivent par convois ;

Ta voix Charme le cœur des ourses î

Les chats-tigres félons Baisent avec délices

Les lisses Rougeurs de tes talons I

264 Les premiers vers

Tu courbes la panthère A subir comme moi

La loi Divine d un mystère!

O reine enfant! tu peux Interrompre d'un geste

La sieste Des grands lions pompeux

Et, caprices énormes, Rougir leur vaste flanc

Du sang Des mûres ou des cormes.

Et mêler à foison

Leur crinière moins blonde

A Fonde Folle de ta toison,

Et bientôt sur les lierres T'assoupir à demi

Parmi Leurs troupes familières.

Philoméla 265

Cependant que le feu De ta lèvre m abreuve^

O veuve Adorable d'un Dieu!

Mais, enfant, puisque F ombre Des grands ravins te plaît^

Il est Une forêt plus sombre.

Ta nuque où lastre luit N'a pas d'or sous le peigne

Qui teigne D'aurore cette nuit !

Solitudes funèbres Que roule vers l'enfer

La mer Houleuse des ténèbres!

Là, jamais le sanglant Éclair de l'escarboucle

Qui boucle Ta ceinture à ton flanc,

266 Les premiers vers

Ni ton regard qui creuse.

Comme un soleil, des trous

D'or roux Dans la nuit ténébreuse,

Ni tes lèvres en fleurs Ne pourraient faire luire

Le rire Éclatant des couleurs !

C'est l'énorme broussaille Et lantre et le ravin Qu'en vain L'aube candide assaille.

C'est le gouffre vainqueur Du ciel et le désastre

De l'astre, C'est mon cœur ! c'est mon cœur !

O détestable gîte

De monstres ! longs abois

Du bois Qu'un souffle impur agite !

Philo mêla 267

Dans les repaires noirs Où leur venin s'égoutte,

J'écoute Ramper mes désespoirs !

Mes remords, bêtes mornes^ Passent en défaillant,

Fouillant Leurs ventres de leurs cornes,

Et des singes poltrons A la paupière bleue

La queue S'enlace autour des troncs !

Amoureuse des roses Et des œillets naissants.

Descends Dans mon cœur, si tu l'oses,

Dans mon cœur dévasté, O vivante statue

Vêtue De ta seule beauté !

268 Les premiers vers

Sois l'amour! sois l'aurore !

Perce, rayon d'azur,

Le mur De la nuit incolore!

Que sur l'ombre l'amour Éperdu se déploie

Et noie La haine dans le jour !

Et les monstres infâmes Sentiront, sous tes yeux,

En eux Des éclosions d'âmes!

Et pareille au chasseur Qui rapporte avec joie

Sa proie, Ariane, ma sœur.

Des gouffres infertiles Quand tu remonteras.

Les bras Enlacés de reptiles,

Philoméla 269

La troupe des amants Chantera sur Tivoire

La gloire Des sourires charmants,

Et, reine aux belles poses.

On te verra, le soir,

Tasseoir Dans les apothéoses!

Tandis que, triomphant.

Je baiserai les roses

Décloses, O délicate enfant

Dont le rire^m'accueille, La nuit, dans les massifs

Lascifs D'orne et de chèvrefeuille !

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