‹ PoésieChapitre 7 sur 99 · SPLEEN D'ÉTÉ · texte numérisé non relu

SPLEEN D'ÉTÉ

L'orageux crépuscule oppresse au loin la mer Et les noirs sapins. L'ombre, hélas! revient toujours. Ah! je hais les désirs, les espoirs, les amours. Autant que les damnés peuvent haïr Tenfer.

Car je n'étais point né pour vivre : j'étais né Pour végéter, pareil à la mousse ou pareil Aux reptiles, et pour me gorger de soleil Sur un roc d'un midi sans trêve calciné.

48 Soirs moroses

Aux plantes contigu, voisin de lanimal, Famélique sans crainte et repu sans remord, Je n'aurais pas connu ce que c'est que la mort; Mais je vis! et je sais qu'il est un jour fatal.

Le soir qui m'avertit, lugubre et solennel, Que d'un soleil éteint le temps est plus âgé, Accable abondamment mon cœur découragé Du dégoût dun bonheur qui n'est pas éternel.

O pins ! comme la nuit fonce vos mornes deuils I La cigale avec ses grêles cris obsédants Fait le bruit d'une scie aux innombrables dents. Dans l'arbre détesté dont on fait les cercueils.

Soirs moroses 49

Page 1