‹ PoésieChapitre 8 sur 99 · LA BONNE RÉPONSE · texte numérisé non relu

LA BONNE RÉPONSE

a Entre ! » dit l'exécrable Prince.

La nuit grossissante montait Les marches des autels ; c'était Dans une église de province.

Une nonne, sous lostensoir De la plus petite chapelle, Bas, lentement, comme on épelle, Disait les prières du soir.

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Son visage, quoique très-jeune, Avait le ton d'ivoire éteint Que donnent quelquefois au teint L'appétit mystique et le jeûne.

Un instinct de vivre à l'écart Effarait tout ce corps de vierge ; La clarté dolente d un cierge Était la sœur de son regard.

Or, le Compagnon traître et louche Me dit : « Parle ! » Je me roidis.

« Non! » criai-je. Mais j'entendis Qu'il parlait déjà par ma bouche-

« Vivre est doux. Le cloître est hideux. « Son espoir, la mort le déjoue.

« Aime, ris! on a sur la joue « Les roses que Ton cueille à deux.

« Lorsque letincelle amortie « Dans tes yeux se rallumera, « Toi qui priais, on te prîra, « Et ton baiser sera Thostie.

Soirs moroses

" Aime, chante ! elle dure peu, « L'heure douce qui nous convie.

« Deux ou trois printemps, c'est la vie; « Puis tu mourras, comme ton Dieu.

« Bien vainement tu te macères

« Pour le mystique fiancé :

tt L'Ascension du Trépassé

« N'eut que des témoins peu sincères ;

« Son linceul était bien cousu, « Et ta foi, qui bénit Tépreuve, « S'abuse, ô vierge à jamais veuve « De l'époux que tu n'as pas eu!

« Le vrai ciel n'a que des étoiles « Qui s'éteignent complaisamment '< Quand se noue au cou de l'amant « Le collier de deux bras sans voiles;

« Et les forêts où nous passions « De nos chairs nourriront leurs arbres. 0 Car le poids funèbre des marbres « S'oppose aux résurrections. »

Soirs moroses

Je parlais. L'église était noire.

La jeune femme en oraison Me dit : « Vous avez bien raison ; « Mais^ le paradis, c'est d y croire. »

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