‹ PoésieChapitre 95 sur 99 · YAMA · texte numérisé non relu

YAMA

On a vu s'abîmer les splendeurs éphémères Avec la troupe bleue et fauve des Haris; Sur les foyers obscurs^ près des vases taris. Je suis né de ta mort, Agni, fils des deux mères !

YXMl

Les cavales d'Indra s'élanceront encor!

L'une à l'autre, mêlons nos âmes, divin couple. Tu sembleras, lié de ma ceinture souple. Un bel arbre envahi par des lianes d'or.

Les sept coursiers soumis à quatre jougs de flammes, Sans éclairer mon œil éblouiront le tien; La liane aux fleurs d'or n'aura pas de soutien; Nous ne mêlerons pas. Tune à l'autre, nos âmes.

Quand nous dormions encore au ventre originel, L'aïeul parla. « Vêtus d'une splendeur égale^ Soyez époux, dit-il. Que la sœur conjugale Sans fin demeure unie au mari fraternel ! »

Pagode 35 g

Qui Ta su? qui l'affirme? Aucun ne peut connaître Son premier jour. Le ciel démesuré n'est pas Un champ d'orge qu'on peut traverser en trois pas, Et nul ne sait où gît la source de son être.

Cesse un discours amer. Ma main cherche ta main. Ranime d'un baiser la pâleur de mes joues, Et roulons doucement comme un char à deux roues Qui se livre à la pente heureuse du chemin.

Je ne baiserai point le jasmin de tes joues

Ni ta bouche pareille à la fleur des âmras ;

Sous la tête d'un autre époux glisse ton bras,

Et roulez doucement comme un char à deux roues.

Que deviendra l'amie, hélas! loin de l'ami, Et qu'est-ce qu'une sœur de son frère sevrée ? L'âme veuve succombe, à Nirriti livrée; Sans l'amour d' Yama, c'en est fait d'Yamî !

36o Les premiers vers

Meurs donc, et laisse-moi, femelle aux bras avides, Sous le ciel à jamais dépourvu de matins, Que hantent les Dévas tristes des Feux éteints, M'exhaler sans retour en des ombres livides!

Pagode 36 i

HYMNE A KAMADÉVA

Vent, flèche, oiseau, tu passes A travers les espaces Où le jour s'alluma, Brillant Kâma!

L'ombre diminuée Voit flotter la nuée De tes parfums ravis Aux madhavîs.

Ton étendard circule Parmi le crépuscule Et dans son blanc frisson Porte un poisson.

A ta cheville teinte De laque un anneau tinte, Imitant, pur métal.

Le son du tal.

Sur ton dos d'émeraude, Vibre un carquois où rôde L'haleine des cinq Fleurs, Mères des pleurs.

Ces flèches toujours sûres Méditent des blessures Que nul, ô fier Çmara, N'évitera,

Et ton bras vert balance, Comme Kâla sa lance Et Roudra son trident, Un arc strident!

Pagode 363

Tout s'effare et s'éveille :

Une flamme^ ô merveille!

Pénètre les Açwins, Frères divins.

Battant i air de la queue, Dans la lumière bleue Les vaches ont des bonds Plus vagabonds.

L'Himalaya tressaille; Du chêne à la broussaille Circule un feu secret Dans la forêt.

Sous 1 amra qui distille Une liqueur subtile Et descend vers le sol En parasol,

La branche refleurie Du manguier se marie Aux rameaux délicats Des mahcâs.

Les premiers vers

Et, mourante femelle,

Aspirant l'air que mêle

Aux senteurs du matin

L'époux lointain,

L'onduleuse antilope Rampe et se développe En un long bâillement D'énervement!

Pris de chaudes démences, Les éléphants immenses S'emportent à travers Les rotangs verts.

Bleus Tîrthas, mers sauvages, Qu'ils sont loin, vos rivages Sans cesse caressés De flots glacés !

Le vent âpre des flèches Gerce les trompes sèches Et fait claquer la peau Du noir troupeau.

Pagode 365

Sur les collines chères A Krichna, les vachères Baisent éperdûment L'auguste amant.

Seins dressés, cuisses nues, Elles jettent aux nues, A la cime, au ravin.

Ce chant divin :

« Ananga, dieu vorace Qui mords au cœur la race Des antiques Manous, Déchire-nous !

Tes flèches parfumées

Dispersent les armées

Des héros qu'engendra

L'astre Tchandra!

Tu corromps, ô Dieu jeune.

L'austérité du jeûne Par où les Maharchis Sont affranchis !

366 Les premiers vers

Les vierges qu'ont surprises Tes chaleureuses brises Défaillent dans les bras Des vils Coudras;

Comme de belles tentes Sous le vent palpitantes S'enflent leurs jeunes seins De perles ceints;

Et^ Tœil clos d'une larme, Les épouses qu'alarme Un rêve hasardeux^ Vont, deux à deux,

Vers le bassin de marbre Endormi sous un arbre Où les aras sifïleurs Mordent les fleurs.

Et deux à deux couchées, Pâles^ sur des jonchées De roses kadambas, Se parlent bas ! »

Pagode 36 j

Ainsi chante la foule Des vachères qui foule Et ravit de ses jeux Les pics neigeux.

A leur voix, sous l'austère Figuier, le Solitaire Sent revivre son cœur Et dit : « Vainqueur

Des voluptés immondes, Hari, dieu des trois Mondes, Confonds les attentats Des noirs Bhoutas,

Et défends que je rêve A quelque enfant qui lève.

Pour passer le flot bleu, Sa robe un peu... >

Mais en vain. Kâma verse Une langueur perverse Dans le sein palpitant Du pénitent.

368 Les premiers vers

Désormais sur le livre Auguste qui délivre L'image dansera D une Apçara

Demi-nue, en délire, Ouvrant, noir de collyre, Le lotus de ses yeux Fallacieux,

Et, selon la cadence De Tonduleuse danse Qui fait tinter sans fin L'anneau d'or fin.

Montrant sa gorge blonde Ou la cachant sous Tonde De ses cheveux épars De toutes parts!

Cependant, vers le faîte A la splendeur parfaite, Kâma suit son chemin.

L'arc à la main!

Pagode 369

Dans la pure lumière Où la Cause première Revêt le flamboîment Du diamant,

Parmi des harmonies Où les voix sont unies Des cygnes aux beaux cous Et des coucous,

L'arc sans miséricorde Fait crépiter sa corde Pareille au frisson clair D'un prompt éclair,

Et Lakçhmî que décore Le pur éclat encore De la vague de lait Qui la roulait,

Cédant à la mollesse De son désir, se laisse Tomber sur le genou Du noir Viçhnou,

Sjo

Et des pleurs de délice Mouillent le bleu calice De son œil immortel Ceint de bétel !

Sérénades

La nina que â mi me quiera Ha de ser con condicion, Que en haciendole yo una sena, Ha de salir al balcon.

ESTUDIANTINA

Prélude

Qui frappe au balcon? moi, personne^ Lenfant né de rois inconnus, Qui dort nu-tête et court pieds nus De ce qui brille à ce qui sonne.

Que me veut-il? Ils sont venus,

Sa guitare et lui, de Solsone,

Cœur qui tremble et bois qui frissonne ,

Vous chanter des vers ingénus.

La chanson est-elle jolie?

Elle pleure ; l'air est ancien Et triste jusqu'à la folie.

Pourquoi donc ce musicien Pleure-t-il? c'est, doha Clélie, Pour ton plaisir, et pour le sien.

Les premiers vers

Wandl'ich in dem Wald des Abends, In dem trâumerischen wald.

Henri Heine

Dans la forêt que crée un rêve^ Je vais le soir dans la forêt :

Ta frêle image m' apparaît Et chemine avec moi sans trêve.

N'est-ce pas là ton voile fin.

Brouillard léger dans la nuit brune?

Ou n'est-ce que le clair de lune A travers l'ombre du sapin ?

Et ces larmes^ sont-ce les miennes Que j entends couler doucement?

Ou se peut-il réellement Qu'à mes côtés, en pleurs, tu viennes ?

Sérénades 3y5

Incessu patuit avis, colore flos.

JoACHiii DU Bellay

Elle marche d'un pas distrait.

Légèrement, comme une oiselle; Elle a Tair d'un lys qui serait Une rose; je n'aime qu'elle.

Elle a des goûts séditieux En fait de vers et de toilettes ; Je n'aime qu'elle. Ses doux yeux Disent : Mes sœurs, aux violettes.

Mais est-elle toujours ainsi Qu'elle m'est, un soir, apparue ?

Car voici bien longtemps, voici Bien longtemps que je ne l'ai vue !

376 Les premiers vers

Heu! iacrymis infantia lumina turgent!

Jean Second

Naguère, au temps des églantines.

J'avais des peines enfantines,

Mon cœur se gonflait sans raison Sous les iilas en floraison.

A respirer les chauds calices Je goûtais d'amères délices.

Sous les étoiles, pâle et coi.

Je pleurais sans savoir pourquoi.

Et maintenant je pleure encore, Le long des soirs comme à l'aurore;

En hiver, sur le blanc grésil, Sur les roses pendant Tavril,

Mes larmes tombent à toute heure :

Mais je sais bien pourquoi je pleure !

Sérénades 3jj

Ros unus, color unus, et unum mane duorum.

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