‹ PoésieChapitre 97 sur 99 · G. A. BURGER · texte numérisé non relu

G. A. BURGER

Laisse-les dire! Nous irons Dans le bois décorer nos fronts De liane et de liserons!

La douleur n'est pas éternelle :

On reverra frémir une aile Sur Féglantier de la venelle.

Sérénades 3jg

Elle reviendra^ la saison

Des vers luisants sous le gazon :

Les amoureux seuls ont raison.

Quand la sève gonfle la vigne,

La froide neige se résigne

A fleurir, lys, à voler, cygne !

Malgré l'effort des envieux, Mes lèvres au bord de tes yeux Boiront des pleurs délicieux,

Et nous fuirons sous les tonnelles, Course folle où tu t'échevèles.

En chantant mes odes nouvelles!

38o Les premiers rers

Florinda perdiô su flor.

Romancero del Rey

Le matin riait, ingénu;

Tu m'as dit : Viens! je suis venu.

Un peu plus tard, tu m'as dit : Chante ! J'ai chanté ta grâce méchante.

Mais vint la nuit, la nuit d'été; Tu m'as dit : Pars ! je suis resté.

Sérénades 38 i

Mais on souffre toujours un peu, Rêveur sombre, sous le ciel bleu.

Albert Mérat

Ton cœur est d'or pur; tout est vrai^, Net et loyal dans ta nature; Mais Tespoir dont je m'enivrai S'achève en doute et me torture.

Ah! ma sœur, j'ai vu si souvent, A l'heure morne où la nuit tombe, Mes rêves dispersés au vent Comme des plumes de colombe !

Les premiers vers

Ocelluli protervuli !

Ocelluli moUicelli !

Jean Bonnefons

Tes yeux méchants et captieux Comme le regard des Chimères, Je veux les voir, bien que ces yeux Causent des peines très-amères.

Mais tes yeux doux, couleur des cieux, Tes yeux sans haine ni malice, Cache-les-moi : ces tendres yeux Infligent un trop dur supplice !

Sérénades 383

Wie schândlich du gehandelt,

Ich hab' es den Menschen verhehlet.

Henri Heine

Jamais aux passants je ne conte Ta honte ni mon mal amer, Mais je suis allé sur la mer Et j'ai dit aux poissons ta honte.

Vous triomphez encor, ma mie, Sur terre ferme, effrontément; Mais dans tout labîme écumant On connaît bien ton infamie !

384 Les premiers vers

Ço dit Isolt : « Jo l' sai pur veir, Sachez que le sigle est tut neir. »

Thomas

Le ciel est très-bas; rien ne bouge Sur la noire mer; Thorizon Se rapproche, obscure cloison Que défonce une lune rouge.

Où sont les joyeux promontoires Dorés par le soleil levant ?

Mon vaisseau qui n'a plus le vent Laisse pendre ses voiles noires.

Sérénades 385

In der Nacht ! In der Nacht !

Comte de Platen

Lune froide et sans auréole^ Avec des langueurs de créole Vous rêvez douloureusement Dans rinfini du ciel dormant.

Tandis que, des claires fontaines, Comme un son de flûtes lointaines, S'exhale vers les cieux blafards La tristesse des nénuphars !

386 Les premiers vers

Yo sospecho

Que en estos disgustos ay Algunos gustos secretos.

LopE DE Vega

Querelleuse^ va! J'aime encor Ton regard quand il se courrouce, Car dans tes yeux d'émail et d'or La colère elle-même est douce.

L'amour aux délicates lois, Sur la lèvre qui nous attire Se plaît à faire quelquefois Succéder la moue au sourire.

Prudent, il donne aux amoureux, Pour chasser les langueurs moroses Qui bercent les cœurs trop heureux^ Les querelles, ces fouets de roses.

Sérénades 387

So hath it been, so be if, For who shall live and f lee it ?

Algernon C. Swinburnë

Un jeune pâtre chante au bois.

Et l écho dit : « Je suis la voix! »

Sous la vitre qu'un rideau voile La lampe dit : « Je suis étoile! »

Aux lacs où le roseau se plaît, a Je suis roseau, » dit le reflet.

Mais plus fausse, oh! plus fausse encore, La voix qui m'a dit : « Je t'adore î »

388 Les premiers vers

Cor mihi te furto surripuisse qaeror.

Théodore de Bèze

Dans Belhsaïde, en Galilée, Quand l'époux a baisé les yeux De la vierge enfin dévoilée.

Il la conduit, mystérieux, Par des escaliers et des routes Sans nombre, au trésor des aïeux.

Sérénades 389

« Resplendissantes sous les voûtes.

Voici mes richesses, dit-il ; Elles sont à toi seule, toutes. »

L'Iduméenne au doux profil Répond d'une voix plus légère Que le chant du souffle en avril :

« Le ciel confie à l'étrangère

Tes trésors, pour qu'elle en ait soin

Comme une bonne ménagère. »

Or, un soir, grave, sans témoin^ Dans l'ombre d une vague allée, J'ai conduit une femme, au loin;

Pareil au Juif de Galilée,

J ai soumis à l'amour vainqueur

Mon opulence inviolée.

« Chère femme ! Voici mon Cœur Ruisselant, comme un noble vase^ D'une chaude et rouge liqueur!

Voici mon Ame où vit l'extase

Adorable des paradis

Epars sous les brumes de gaze;

Ame-cygne des lacs tiédis Par le jour sans fin qui caresse Les Edens à Thomme interdits ! »

Et lorsque j'eus, dans ma tendresse,

Livré mon trésor opulent,

Je m'endormis, bonne maîtresse.

Mais toi, furtive, reculant

Le long des rampes^ sans chandelle,

Tu t'es enfuie en me volant.

Comme une servante infidèle !

Sérénades 3 g i

Da sass ein loses Nônnchen Das that, als wenn es schlief.

Lied populaire

Ecoutez bien! J'étais allé, De nuit, vers un bois désolé.

Là, j'ai surpris mon Ennemie Dans ses cheveux bruns endormie.

Elle souriait dans les flots

De ses cheveux bruns, les yeux clos.

Les premiers vers

« Ce sourire, par un prodige Cruel, tu me Tas pris, lui dis-je.

Et tu dors, succube assouvi^ Le sommeil que tu m'as ravi ! »

Alors, j'ai tué l'Ennemie

Dans ses cheveux bruns endormie.

Son sang fatale de ci, de là.

Sur la ronce éparse coula.

Son sang fatal parmi les branches Déshonora les roses blanches.

Vous avez bu sa vie, ô fleurs D'où s'égouttent d'étranges pleurs !

Les pourpres sombres de sa plaie Éclatent dans la roseraie.

Oh! s'enfuir! et ne vous voir plus.

Floraisons rouges du talus!

Sérénades 3q3

Mais le Charme^ avec ses délices Mornes, revit dans les calices.

La langueur de l'ancien poison Pèse dans leur exhalaison.

O cœur vaincu tu désespères De quitter jamais les repaires

Du vaste bois ! cœur exilé, Parles roses ensorcelé!

Finale

Je liai jamais commis de crime.

On ne m^apas assassiné.

Mon remords fut imaginé, Et mon cœur saigne pour la rime.

Jeune ^ on aime à parler trépas.

Byron, Musset, Vexemplè tente.

Sais-tu de quoi lame est contente?

De montrer qu'elle ne V est pas.

Sérénades 3g5

Le spleen a de sinistres charmes^ On aie caprice entêté D'affirmer sa virilité Par le désespoir et les larmes.

Mais ces choses-là nont qu un jour.

Sourire est bon. La vie est belle.

On se lasse dêtre rebelle A la clémejice de Vajnour.

L heureux ciel d'été qui flamboie N'a pas honte de ses rayons; Si nous sommes joyeux, ayons Le courage de notre joie.

Je suis le passant ingénu., Celui qui soupire et qui chante Parce que Vépine est méchante Et que V avril est revenu.

Je m'étais égaré sans doute; Une ogresse me menaçait; Mais mon cœur, ce Petit-Poucet, A bientôt retrouvé sa route.

396 Les premiers vers

Vers un gîte plein de douceurs Il ramena des lieux contraires Tous les jeunes Désirs, ses frères, Et les Illusions, ses sœurs.

Cest à peine ïil se rappelle Qu'il fut un instant fourvoyé; Il est dans son nid, mieux choyé Que les petits d'une hirondelle.

S'il souffrit, ce fut en rêvant.

Le rêve a sa mélancolie...

Mais une nouvelle folie Guérit d'un vieux songe souvent,

Et, bercé dun souffle qui vole De Weimar à Valladolid, J'ai joué les airs de nion lied Sur une guitare espagnole!

Note bibliographique et

Table des Matières

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