‹ Poésie, en vers françaisChapitre 32 sur 45 · LE SAMEDI AU VILLAGE · texte numérisé non relu

LE SAMEDI AU VILLAGE

Belle et jeune et parée, elle allait tout le jour, Soulevant sur ses pas un murmure d’amour;

Et quand le soir, au bras des garçons du village, Elle dansait avec les sœurs de son bel âge. Des printemps disparus revivant les plaisirs, Sur sa lèvre sourit l’essaim des souvenirs.

Mais l’air se rembrunit, l’azur au ciel s’efface, L'ombre descend des monts ; émergeant dans l’espace, De ses blancheurs la lune inonde le vallon.

La cloche dit la fête : à son gai carillon

Tout cœur se réconforte; aussitôt sur la place, Bondissant et criant, un tumulte joyeux

D’enfants s’ébat : leur joie éclate sous les cieux,

Où Pastre du berger verse en paix sa lumière.

Le laboureur regagne en sifflant sa chaumière

Et sa table frugale : esprit et cœur dispos,

Il songe en cheminant au jour de son repos.

Puis, tandis qu’à l’entour tout se tait, tout sommeille, Entendez-vous ce bruit de scie et de marteau

Dont l'écho se prolonge au loin sur le coteau?

Le menuisier travaille à sa lampe qui veille :

Avant qu’à l’horizon le soleil soit levé,

ll se hâte à finir l'ouvrage inachevé.

Des sept jours c’est le jour de soleil et de trêve ; Il retrempe le cœur par la lutte affaibli ;

Plein de joie, il permet l’espérance et le rêve

Et sur les maux réels répand l’heureux oubli.

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