SUR UN BAS-RELIEF D'UNE TOMBE ANTIQUE
Tu sembles triste, Ô pâle et téméraire enfant! Si fatal ou propice est pour toi ce voyage,
Si la rive où tu cours est riante ou sauvage, C’est ce que ne dit point ton regard sérieux. Dans le mystère où fuit ta course aventureuse Faut-il voir la disgrâce ou la faveur des dieux? Hélas ! faut-il te dire heureuse ou malheureuse ?
La mort t’appelle. A peine au matin de ton jour, Voici le soir venu. Ce nid héréditaire
D'où tu pars, tes parents, l’aïeule et son amour, Tu ne les verras plus! Tu t’en vas sous la terre, Et c’est là désormais ton éternel séjour.
La tombe est le repos où toute vie aspire,
Et cependant qui songe à ton destin soupire.
Certe, il eût mieux valu n’ouvrir jamais tes yeux, O douce créature, à la clarté des cieux ;
Mais puisqu’à ton insu tu vins à la lumière,
Te voir à ton aurore et dans ta fleur première T’'éteindre et te faner ; dans ta fraïche saison, Comme un nuage ailé, te voir à l’horizon Disparaître, et quitter pour les obscurs silences Du tombeau l'avenir aux longues espérances, Aux rêves d’or; partir à l’heure où la beauté, Marquant de sa royale empreinte ton visage,
Va changer ton printemps en un splendide été ; Où le monde ébloui qu’enivre ton passage
Va s’incliner devant ta jeune majesté ;
Tout fuir avant l'hiver, tout perdre avant cet âge
RE