SUR UN BAS-RELIEF D’'UNE TOMBE ANTIQUE
Ce but certain, ce but, pôle mystérieux
Vers qui l’âme se tourne, et qu’elle suit des yeux Comme un suprême espoir au sein de nos ténèbres, Pourquoi nous le montrer noir de crêpes funèbres ? Après la lutte, après l’orage sans repos,
Pourquoi donner au port l’épouvante des flots ?
Si mourir est un mal qu’il nous faut tous connaître, Nous que sans notre aveu la terre un jour vit naître, Évoqués du néant par la fatalité
Pour servir de pâture à l’Infélicité,
Si mourir est un mal qui guérit de la vie,
Combien favorisé, combien digne d’envie
Est celui qui s’en va pour celui que le sort
Laisse debout et seul en face de la mort!
Certes, vivre est un mal, mourir, le bien suprême ; Et pourtant qui pourrait, se mutilant soi-même, Amoindri dans son âme, amoindri dans sa chair, Qui pourrait souhaiter la fin de ceux qu'il aime, Appeler de ses vœux l’adieu de l’être cher
Qui vécut de sa vie, et, dès son plus jeune âge,
À des jours avec lui fait le pèlerinage !
Qui voudrait avancer le départ éternel
De l'ami que jamais, jamais plus sous le ciel
Il ne doit rencontrer ; puis, tout seul sur la terre, Sondant son abandon d’un regard éperdu,
Aux lieux accoutumés revenir solitaire,
L’œil en pleurs, l’âme en deuil du compagnon perdu !