SUR LE PORTRAIT D’UNE BELLE FEMME
Ce clair et doux regard qui faisait trembler l’âme, Quand sur un œil charmé venait jouer sa flamme ; Ce front plein de pensée, ouvert et lumineux ;
Ce cou que le désir enlaçait de ses nœuds ;
Ces lèvres d’où semblait, profonde et surhumaine, Couler la volupté comme d’une urne pleine ;
Cette immobile main dont l’étreinte glaçait
De ses moites ardeurs la main qu’elle pressait ; Cette épaule où couraient les boucles vagabondes ; Cette gorge aux contours divins, moule des mondes, Tout cela fut jadis et fut toi ! Maintenant
Tout cela n’est que cendre et poussière et néant ! Une pierre à présent, sous sa nuit sépulcrale, Cache aux yeux ce qui fut une forme idéale.
Tu passas parmi nous, blanche apparition
Du ciel, — du beau rêvé vivante vision!
Et tu gis là, poussière abjecte, et la nature
Livre au ver du tombeau son chef-d'œuvre en pâture. O réalité triste! ô mystère éternel
De la vie!... Aujourd’hui, la beauté, fleur divine, S’épanouit, enivre, éblouit, illumine,
En un dieu transfigure en nous l’être charnel ; Aujourd’hui pur foyer d’ineffable lumière,
De célestes clartés baignant notre paupière,
Loin du réel sordide, elle ouvre à notre essor
Le seuil resplendissant d’un monde aux songes d’or, Et demain, au toucher d’une main invisible,
Lumière, elle s'éteint dans une nuit horrible ;
un