‹ Poésie, en vers françaisChapitre 42 sur 45 · SUR LE PORTRAIT D’UNE BELLE FEMME · texte numérisé non relu

SUR LE PORTRAIT D’UNE BELLE FEMME

Ce clair et doux regard qui faisait trembler l’âme, Quand sur un œil charmé venait jouer sa flamme ; Ce front plein de pensée, ouvert et lumineux ;

Ce cou que le désir enlaçait de ses nœuds ;

Ces lèvres d’où semblait, profonde et surhumaine, Couler la volupté comme d’une urne pleine ;

Cette immobile main dont l’étreinte glaçait

De ses moites ardeurs la main qu’elle pressait ; Cette épaule où couraient les boucles vagabondes ; Cette gorge aux contours divins, moule des mondes, Tout cela fut jadis et fut toi ! Maintenant

Tout cela n’est que cendre et poussière et néant ! Une pierre à présent, sous sa nuit sépulcrale, Cache aux yeux ce qui fut une forme idéale.

Tu passas parmi nous, blanche apparition

Du ciel, — du beau rêvé vivante vision!

Et tu gis là, poussière abjecte, et la nature

Livre au ver du tombeau son chef-d'œuvre en pâture. O réalité triste! ô mystère éternel

De la vie!... Aujourd’hui, la beauté, fleur divine, S’épanouit, enivre, éblouit, illumine,

En un dieu transfigure en nous l’être charnel ; Aujourd’hui pur foyer d’ineffable lumière,

De célestes clartés baignant notre paupière,

Loin du réel sordide, elle ouvre à notre essor

Le seuil resplendissant d’un monde aux songes d’or, Et demain, au toucher d’une main invisible,

Lumière, elle s'éteint dans une nuit horrible ;

un

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