‹ Poésie, en vers françaisChapitre 8 sur 45 · QU’'ON, PREPARAIT A FLORENCE · texte numérisé non relu

QU’'ON, PREPARAIT A FLORENCE

A paix a rassemblé nos peuples sous ses ailes ; Mais l’âme italienne et ses torpeurs mortelles

Ne pourront s'affranchir d’un morne et lourd sommeil Tant que ce sol sacré, le pays du soleil” Ne se tournera pas vers ces âges antiques Constellés de leçons et d’actes héroïques!

Chère et triste Italie, expiant tes remords, O mère! prends à cœur d’honorer tes grands morts! Peuple tes murs déserts de leurs nobles images: Nul parmi les vivants n’a droit à tes hommages!

Retourne-toi, regarde, Ô ma patrie, et voi, Phalange d’Immortels évoqués devant toi, Passer tes pères! Pleure, et de ta somnolence Rougis, indigne-toi! La douleur est démence Sans l’indignation en de tels jours, hélas!

Rougis, réveille-toil Ton cœur n'est-il pas las D'opprobres! Des aïeux que laltière pensée Te rende au sentiment de ta grandeur passée!

De langage, et d’aspect, et de climat divers, Hôtes venus de tous les points de l'univers,

Des étrangers, jadis, pèlerins de la gloire, Parcouraient du pays toscan le territoire, Cherchant partout l’endroit'où reposait Celui Dont l’âme et dont les vers d’un tel éclat ont lui, Que le divin rhapsode, enfant de Méonie,

N'est plus seul dans la sphère où chantait son génie. O honte! on leur disait que ses os décharnés, Ses restes refroidis à l’exil condamnés,

Gisaient encore au loin sous la terre étrangère, Et qu’en tes murs, Ô ville oublieuse et légère, Florence! tu n’avais ni pierre, ni tombeau

Pour Celui dont la gloire, irradiant flambeau Couvrant de ses rayons ta détresse dorée,

Du monde entier te vaut encor d’être honorée! Nobles concitoyens, par vous, hommes pieux, Notre pays, lavé d’un opprobre odieux, A Rachète son passé. Groupe à l’âme fervente, Votre entreprise est sainte et gardera vivante

Votre mémoire aux cœurs où brûle nuit et jour De lItalie en deuil le douloureux amour.

Que cet amour, amis, l’amour de l'Italie,

Cette mère sous tant de maux ensevelie,

La Niobé de qui nul n’a compassion

En ce monde, et qui fut la grande nation,

Que cet amour, 6 fils pieux, vous aiguillonne!

Par vous, que la pitié se réveille et couronne

Votre œuvre! Que ce deuil, cette immense douleur Baignant de pleurs ses yeux et son front de päleur, Que lindignation, s'inspirant de l’outrage,

Pour nos derniers neveux consacre un tel ouvrage! Quels vers pourraient jamais vous louer dignement, Quel chant s’égalerait à votre dévouement,

Vous qui donnez vos soins, vos conseils, votre zèle, Vos mains, votre génie à cette œuvre immortelle, Monument filial qui vous fera bénir

Et dans l’âge présent et dans l’âge à venir!

ÂArtistes-citoyens à l’âme mâle et tendre,

Fervents amis, quel chant puis-je vous faire entendre ? Où trouver des accents qui puissent dans vos cœurs De votre ardent amour accroitre les ardeurs ?

Que la sublimité du sujet vous inspire !

Que cet âpre aiguillon à votre œuvre conspire! Enthousiasme saint, poétique fureur,

De l'inspiration orage intérieur,

Qui vous dira? Qui peut traduire par des rimes

La pensée en travail et ses éclats sublimes ?

Qui peindra de vos fronts l'effroi mystérieux, L’effarement sacré? qui, l’éclair de vos yeux? Quels accents, quelle voix de terrestre origine Rendra dans son essence une chose divine ?

Arrière! Loin d’ici l’âme sans vision,

L’âme que n’emplit pas, Dante, ta passion !.… Ah! de notre Italie inondant la paupière,

Que de pleurs couleront sur cette noble pierre! Comme elle en versera! Sous ces pleurs éternels Grandira votre gloire, artistes fraternels!

Et vous, qui de nos maux allégez la détresse,

Arts sacrés, arts vengeurs, vous l’orgueil, vous l'ivresse,

La consolation d’un peuple malheureux, Vivez! Vivez pour nous, vivez, arts généreux Qui relevez notre âme et dorez nos ruines Des vivantes splendeurs de nos gloires divines! Et qui, sur nos débris évoquant l’âge ancien, Peuplez de son passé le sol italien!

Voici que désireux, dans ma pitié fervente, D’honorer comme vous notre mère dolente, Offrant ce que je puis, voulant à vos travaux

Mêler mon chant, je viens m’asseoir, nobles rivaux,

Parmi vous, dans ce lieu, paisible sanctuaire, Où vous donnez la vie et votre âme à la pierre. Illustre créateur, 6 père glorieux

Du rhythme étrusque, Maître au verbe harmonieux *,

# Dante.

Si des terrestres bords, si de la ville antique

Que si haut éleva ta foi patriotique,

Quelque nouvelle arrive à ces funèbres lieux Qu’habite désormais l’ombre de nos aïeux,

Ces hommages tardifs que la terre t'envoie,

Pour toi, tu n’en ressens, je le sais, nulle joie;

Car le marbre et le fer, le granit et l’airain,

Encor moins que le sable, 6 Maître souverain, Sont solides auprès de cette renommée

Que tu laissas de toi dans ta patrie aimée!

Et si ton souvenir est sorti de nos cœurs,

S'il en sortait jamais, oh! croissent nos malheurs, S'ils peuvent croître encor! Puisse ta descendance À son ingratitude égaler sa souffrance!

Obscure au monde entier, qu’elle ait pour châtiments Et les deuils et les pleurs et les gémissements!

Non! ce n’est pas pour toi, grande âme endolorie, Si tu te réjouis, non! c’est pour ta patrie Malheureuse! espérant qu’à l’appel des aïeux

Les fils s’éveilleront d’un sommeil oublieux ; Qu’énervés, engourdis, l'exemple de leurs pères Leur rendra la fierté qui fit nos jours prospères! Hélas! quel long supplice et quels tourments affreux Elle a connus depuis l'heure où des Bienheureux Tu revis le séjour, l’heure libératrice

Qui te rendit enfin le ciel et Béatrice!

De ses maux aujourd’hui le poids est si pesant, Auprès de son passé si dur est son présent,

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