‹ Poésie et folieChapitre 1 sur 45 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Il est des sujets qui, par leur nature, impliquent de l'audace, si bien que l'auteur ne doit s'y risquer qu'en acceptant délibérément sacrifices et hostilités. Seulement il faut bien reconnaître qu'en pareil cas, ce qu'il y a de plus risqué n'est pas tant le sujet que la façon dont il est traité. Ceci doit nous mettre à l'aise.

N'ayant nulle étrange vertu, ce livre, — hâtons-nous de le dire, — serait mal venu pour faire un scandale. Sobre en tapage, pauvre d'étonnement : c'est un aveu que nous devons au lecteur qu'un titre paradoxal pourrait abuser.

On a discuté maintes fois sur la parenté morbide que plusieurs savants ont cru découvrir entre fous et hommes de génie, et l'on a vraiment dépensé pour celte polémique des frais inutiles d'argumentation.

En mettant en présence les avis contraires, l'impression qui se dégage est que le bon sens siège des deux côtés, et que la solution du problème n'est pourtant nulle part. Les faits sont intéressants, les motifs sont d'une bonne logique, et la thèse qu'on veut édifier dans le sens positif ou dans le négatif demeure incertaine. La vérité est ici comme une balance folle dont les plateaux vont s'équilibrant en toutes positions. C'est peutêtre que la thèse elle-même repose sur une pétition de principe, auquel cas les parties mettraient une passion stérile à lutter dans le vide.

La psychologie du fou et celle du surhomme sont réductibles aux mêmes éléments, et ceux-ci d'autre part sont réductibles aux éléments de la psychologie nor-

Page 1