‹ Poésie (volume 2)Chapitre 4 sur 99 · LA MARCHANDE DE JOURNAUX. H · texte numérisé non relu

LA MARCHANDE DE JOURNAUX. H

Enfin, le médecin dit que c'est la croissance!... C'est qu'il est si mignon... et d'une obéissance!... Et tout ce qu'il voudrait, il l'apprendrait, je crois, Mon Joseph... À l'école, il a toujours la croix... Mais sa santé... voilà ce qui me désespère!

— Courage ! — dis-je.

— Enfin, mon commerce prospère, Continua l'aïeule, — et de telle façon, Monsieur, que rien ne manque à mon pauvre garçon. Le bon Dieu, quand j'ai trop de mal, me vient en aide. Tenez ! j'ai cru l'enfant malade sans remède, Voilà tantôt trois ans... Le docteur ordonna Des médicaments chers, du vin de quinquina... Mais, juste en ce moment, je m'en souviens encore, La Chambre renversa le cabinet Dufaure, Et j'ai pu — je gagnais des douze francs par jour — Donner ce qu'il fallait à mon petit amour... Au Seize Mai, — la vente allait, je vous assure ! — J'ai fourni mon Joseph de linge et de chaussure ; Et quand le Maréchal, à la fin, est tombé, J'ai fait faire un habit tout neuf à mon bébé... »

Le retour de Joseph finit la causerie ;

Mais je sortis de là l'âme tout attendrie, Et j'avais le cœur pris par le simple roman De cet enfant malade et de sa grand'maman. Le lendemain, je dus partir pour la province, Mais sans les oublier; et l'intérêt fort mince Qu'aux choses de l'État jusqu'alors j'avais mis, Grandit, quand je songeais à mes humbles amis. Car je ne pouvais plus juger la politique Qu'au point de vue étroit de leur pauvre boutique; Et quand, par un hasard devenu bien banal, J'apprenais, en voyant les pages du journal Pleines d'alinéas et de rappels à l'ordre, Que nos législateurs avaient failli se mordre Et qu'en plein Parlement ils s'étaient outragés, Rêveur, tout en lisant leurs discours prolongés, Où le bon sens souffrait autant que la grammaire, Je me disais :

— « Tant mieux! pour la pauvre grand'mère. »

in

A mon retour, j'appris que l'enfant était mort.

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