LA MARCHANDE DE JOURNAUX
Un soir, — les premiers froids étaient déjà venus, — Au fond de la chétive échoppe, j'aperçus Un spectacle nouveau, qui me fît de la peine. C'était un pauvre enfant, — huit ou dix ans à peine, — Blond, pâle, l'air malade, habillé tout en deuil, Qui se tenait assis dans un petit fauteuil Ayant sur ses genoux un vieux dictionnaire, Et regardant avec des yeux de poitrinaire.
Je demandai :
— ce Quel est donc ce petit garçon?
— Mais c'est mon petit-fils ; il apprend sa leçon! — Me répondit, d'un air tout orgueilleux, la vieille, — Et les frères en sont très contents.
— A merveille ! — Repris-je... — Ses parents l'ont envoyé vous voir?
— Hélas! mon bon monsieur, voyez... il est en noir
Pauvre enfant! il n'a plus sa mère ni son père...
Mais sa bonne-maman relèvera, j'espère.
Maintenant, il n'a plus que moi, cher innocent!
Il a coûté la vie à ma fille en naissant...
Et voilà des malheurs qu'on ne peut pas comprendre}. . .
Des orphelins d'unjour !... Quant à mon pauvre gendre,
Il était étameur de glaces; et les gens,
Dans ce vilain métier, ne durent pas dix ans,
S'ils n'ont pas les poumons comme un soufflet de forge,
A cause du mercure.
— Allons ! un sucre d'orge, » — Dis-je à l'enfant, qui vint pour me remercier, Prit mes sous et courut, joyeux, chez l'épicier. Et, quand je fus resté seul avec la marchande :
— « L'enfant se porte bien ?
— J'attendais la demande, Monsieur, — répondit-elle avec un gros soupir. — C'est le chagrin que j'ai tous les jours à subir. Xon ! il ne va pas bien. . . Que je suis malheureuse ! Avec ses yeux cernés et sa figure creuse, C'est tout son père. . . Il souffre, hélas ! le cher petit ! Il tousse, il dort h peine, il n'a pas d'appétit.