‹ Poésie (volume 2)Chapitre 7 sur 99 · L'ÉPAVE · texte numérisé non relu

L'ÉPAVE

Devant la mer, assis au seuil de leur maison, La veuve du marin et son jeune garçon Sont en grand deuil. Hélas! l'équinoxe d'automne A fait d'afïreux malheurs sur la côte bretonne; Et c'est pourquoi, rêveurs devanl le ciel du soir, Cette femme et son fils sont habillés de noir. Ah! dans ce lac paisible, où, sous la brise fraîche, Viennent de s'éloigner les fins bateaux de pêche Dont les voiles, là-bas, blanchissent clans le ciel, Nul ne reconnaîtrait cet Océan cruel Qui, l'an dernier, pendant la grande marée haute, En un jour, a broyé vingt barques sur la côte Et, parmi tant de deuils dont le pays est plein,

A navré cette femme et fait cet orphelin.

Le ciel peut être pur, la mer peut être belle, La veuve du marin est sombre et se rappelle L'effroyable tempête où son homme a péri.

— « C'est aussi de sa faute, à mon pauvre mari! — Dit-elle en soupirant à son fils qui l'écoute. — Il faut porter secours aux malheureux, sans doute, Et nul ne l'a plus fait que mon brave Mathieu. Mais affronter ainsi la mort, c'est tenter Dieu!... On n'avait jamais vu de pareille marée. Ton père était chez nous; sa barque était rentrée; 11 disait, en mangeant sa soupe : — « Il faut qu'on soit Maudit, pour être en mer par ce vent de noroit! » Après dîner, Mathieu prend sa pipe et l'allume, Et va fumer dehors, comme il avait coutume. Là, malgré le gros temps, ils étaient quelques uns Oui regardaient sauter et mousser les embruns, Quand, tout à coup, voilà que mon homme remarque, DucôtédesrochersSaint-Pierre,untrois-mâtsbarque... Doux Jésus! Ce ne fut pas long. En un clin d'œil, Le malheureux navire échoua sur recueil. — ce Un canot! » — dit Mathieu... J'étais épouvantée ; Les autres lui montraient cette mer démontée

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